IMPORTANCE DE L'EAU AU COURS DE LA GROSSESSE Pr Dominique CABROL Chef de service Maternité de Port Royal Hôpital Cochin - APHP - Université René Descartes - Paris V
Eau et le développement du foetus
Au cours de la grossesse, la mère doit faire face à des besoins supplémentaires, au niveau de ses propres tissus ainsi que de ceux du fœtus auquel elle doit fournir les substances indispensables à son développement et à sa croissance. Le premier besoin supplémentaire auquel la mère doit faire face est le besoin en eau. Au cours de la grossesse, l'eau est nécessaire à deux niveaux :
Les Besoins en eau L'eau est essentielle au développement du fœtus. Comme chez l'adulte, l'eau est le constituant principal de son organisme. Elle représente environ 90 % de son poids corporel. Les besoins en eau du fœtus sont donc très importants. Ils augmentent tout au long de la grossesse. En fin de grossesse, les besoins en eau du fœtus sont supérieurs à ses besoins en oxygène ! Le liquide amniotique Le fœtus baigne dans le liquide amniotique. Le liquide amniotique fondamental constitue une barrière protectrice pour le fœtus. Il le protège des chocs mécaniques, le maintient dans une température chaude et constante (37°) et le défend contre les infections. Il joue également un rôle fondamental dans son développement. Il lui permet de bouger et d'effectuer un certain nombre de mouvements. Sans la présence de ces mouvements, le fœtus souffrirait de déformations de la face et des membres. Le liquide amniotique permet également le développement de certains organes vitaux, comme les poumons. C'est ainsi que l'insuffisance de liquide amniotique que l'on rencontre parfois au cours de certaines grossesses pathologiques (heureusement très rares), entraîne une altération du développement pulmonaire. Le volume du liquide amniotique augmente parallèlement au poids du fœtus pendant les cinq premiers mois de la grossesse. Il est atteint son maximum au cours du 8ème mois (800 ml à 1 litre) et diminue légèrement après. Echanges d'eau entre la mère et le fœtus C'est la mère qui fournit au fœtus l'eau dont il a besoin. En effet, l'organisme maternel subit un certain nombre de modifications qui lui permettent de retenir 4 à 6 litres d'eau. Les échanges d'eau entre le liquide amniotique et la mère sont considérables. Ils sont estimés à 460 ml/h environ ! C'est au niveau du placenta que l'eau rejoint la circulation fœtale par la veine ombilicale. Rôle du liquide amniotique :
Il est évident qu'au cours de la grossesse, la mère doit boire plus que d'habitude. Elle est aidée dans ce domaine par une adaptation physiologique appelée diminution du seuil de la soif, qui lui permet de ressentir la soif plus rapidement que lorsqu'elle n'était pas enceinte. En dehors du fait que l'apport liquidien au cours de la grossesse permet de satisfaire les besoins du fœtus, il joue un rôle dans la prévention de certaines pathologies maternelles. L'infection urinaire Les infections urinaires surviennent plus facilement au cours de la grossesse. Ce phénomène s'explique à la fois par des raisons mécaniques (compression modérée due à l'utérus) et par des raisons hormonales qui diminuent les mouvements naturels (et involontaires) au niveau des voies urinaires et facilitent ainsi la stase de l'urine. Une urine qui stagne plus longtemps est plus facilement l'objet d'un développement microbien. Certaines de ces infections urinaires peuvent avoir des conséquences sur le déroulement de la grossesse. Elles peuvent notamment être à l'origine d'accouchements prématurés. Ce qui explique la surveillance urinaire particulière dont les femmes font l'objet au cours de leur grossesse. Il existe un moyen simple de lutter contre cette tendance à l'infection. Il consiste à diluer les urines, c'est à dire à augmenter leur teneur en eau et leur volume, en buvant régulièrement et suffisamment de l'eau. C'est dire l'importance d'un apport hydrique suffisant pour maintenir un volume d'urine suffisant et diminuer ainsi le risque infectieux. Constipation Une tendance à la constipation existe au cours de la grossesse. Elle est influencée par des facteurs hormonaux qui diminuent les mouvements naturels (et involontaires) au niveau du tube digestif. Un apport hydrique insuffisant renforce cette tendance alors qu'un apport hydrique quantitativement suffisant peut constituer une bonne mesure préventive.
L'apport liquidien doit être suffisant et régulier chez la femme enceinte, tout au long de la grossesse afin de
permettre l'adaptation du métabolisme de la mère nécessaire au développement fœtal harmonieux, d'assurer un volume
de liquide satisfaisant et de diminuer le risque d'infection urinaire.
La seule boisson vraiment utile est l'eau. Un apport quotidien d'1,5 litres est indispensable. Idéalement cette
quantité sera répartie sur toute la journée. Une astuce commode est de démarrer la journée avec une bouteille de
1,5 litres d'eau, et plutôt faiblement minéralisée, et d'en boire régulièrement jusqu'au soir.
La consommation de café et ou de thé pendant la grossesse est autorisée à condition qu'elle soit sans excès. En
revanche, il faut éviter ou limiter au maximum les boissons sucrées (sodas, jus de fruit) qui fournissent de
façon insidieuse un nombre de calories important. L'alcool a des effets néfastes sur le développement fœtal.
La seule recommandation raisonnable est l'abstention de toute prise de boissons alcoolisées pendant la grossesse.
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