Novembre 2004 RÔLE DU FLUOR CHEZ L'ENFANT
Le fluor est un élément naturel minéral, de la classe des métalloïdes. C'est un halogène comme l'iode et le brome. Sa découverte en 1886, sous la forme d'un gaz aux reflets jaune verdâtre, a été à l'origine de son nom : le fluor. Il provient essentiellement du magma. Il n'existe jamais à l'état libre, mais toujours sous forme de fluorures (sels d'acide fluorhydrique). Il est le plus souvent associé à d'autres ions (calcium, sodium, magnésium). Le lavage permanent des roches par les eaux souterraines explique sa diffusion, en dehors de l'écorce terrestre, essentiellement dans les eaux de ruissellement. Celles-ci s'enrichissent, au fur et à mesure de leur passage et selon la concentration en fluor des roches : cristaux de fluoro-apatite ou complexes granitiques, les fluorines. Le fluor dans l'espèce humaine Le fluor dans l'espèce humaine Le fluor est présent, à des doses extrêmement variables, dans pratiquement tous les tissus et en particulier dans les tissus en voie de croissance, de développement ou de formation : os, cartilage, émail dentaire, thyroïde. Métabolisme L'absorption du fluor est endogène, principalement digestive. Après absorption, le pic maximum survient à 1 heure et décroît en 6 heures. Son excrétion est principalement rénale (90 %) et également salivaire (10 %). 80 % du fluor se fixe sur l'émail dentaire. Le reste se répartit au niveau des os et des autres tissus minéralisés (cartilages, tendons, anneaux fibreux). Le taux sanguin du fluor est d'environ 0,27 mg/l (3). Rôle du fluor dans la construction de l'émail Le fluor joue un rôle essentiel dans la formation dentaire, au cours de laquelle son rôle direct dans la cristallisation a été fort bien étudié (cristaux de fluoro-apatite). Il agit également sur l'émail déjà formé, en permettant notamment la reminéralisation des couches déjà déminéralisées et la reconstitution des fluoro-apatites Le fluor apporté par voie exogène joue un rôle important à ce niveau. Le fluor n'intervient pas sur la croissance de la dent, mais seulement
sur sa solidité et son rôle sur l'émail concerne à la fois les
couches superficielles et les couches profondes (6 - 14). Besoins en fluor L'évaluation des besoins en fluor est difficile car il n'existe pas de carence globale connue pour cet agent. Le besoin quotidien est estimé à 0,05 mg/kg/j, notamment chez l'enfant. Cette dose a été confirmée par l'European Academy of Pediatric Dentistry, par l'Académie Américaine de Pédiatrie et par les études comparatives menées aux Etats-Unis sur des populations protégées contre la carie. (5). Ces études fixent la dose maximale à 0,1 mg/kg/j qui ne doit pas être dépassée.(5) Les besoins varient selon l'âge ou l'état de santé. Bien que le fluor ne soit pas nécessaire pour la croissance de la dent et de l'os (6), l'apport recommandé au cours de la première enfance et jusqu'à la fin de la croissance dentaire est évidemment un peu supérieur au minimum requis par la suite. La carence en fluor, évaluée grâce à des marqueurs spécifiques, entraîne la déminéralisation de l'émail et la carie, alors que son excès engendre des dépôts fluorés inesthétiques, voire délétères pour l'émail. Besoins quotidiens en fluor
Sources naturelles de fluor Les eaux de boisson L'eau de boisson est une source essentielle d'apport, qu'il s'agisse des eaux de ruissellement, des eaux de fontaines ouvertes, des eaux captées puis distribuées (l'eau du robinet) des eaux minérales naturelles ou des autres eaux embouteillées. La concentration dans les eaux de boisson est très variable (tableau II) et l'on conçoit sans peine la perplexité engendrée par l'étalage, dans les supermarchés français, de plus de 50 marques d'eaux embouteillées. La concentration en fluor des eaux distribuées par les réseaux officiels (eaux dites du "robinet") est très variable d'un département à l'autre, d'un pays à l'autre et d'une région du monde à l'autre. En France, il est possible de connaître la concentration en fluor de toutes les eaux distribuées dans toutes les villes et villages de France, en s'adressant aux Services de la DDASS. Tableau II : TENEUR EN FLUOR DE QUELQUES UNES DES PRINCIPALES EAUX EMBOUTEILLÉES DISPONIBLES EN FRANCE Source Documentaire : Rapport de la Société Française d’Odontologie Pédiatrique 2004 (17) FLUOR ET EAUX PLATES (mg/l=ppm)
FLUOR ET EAUX GAZEUSES (mg/l=ppm)
Les eaux de source présentant des compositions variables selon leur provenance géographique, il n’est pas possible de les faire figurer dans ces tableaux Les aliments Les aliments apportent en réalité fort peu de fluor. Le lait, y compris le lait maternel, en contient peu, et en plus le fluor y est très peu absorbé. Les protéines animales ou végétales, à part peut-être celles de quelques poissons, sont très peu concentrées en fluor. Dans les glucides et les fibres, le fluor n'est présent pratiquement qu'à l'état de traces. En revanche, la concentration en fluor du thé peut atteindre 120 à 190 mg pour 100 g de matière sèche : feuilles sèches, broyats de feuilles, poudre, lyophilisat. Il est difficile de quantifier les apports en raison de la variabilité des procédés culinaires eux-mêmes liés aux traditions culturelles Sources artificielles de fluor Le sel fluoré ( en France depuis 1986) Le sel fluoré représente l'une des sources d'apport artificiel. La concentration autorisée en France est d'environ 250 mg/kg. Mais ce sel ne doit être distribué ni aux nourrissons ni aux collectivités, et, en pratique, il est peu utilisé en France. Le fluor exogène médicinal L'utilité d'un apport exogène de fluor, notamment dans la prévention des caries dentaires, a amené la plupart des pays industrialisés à concevoir un mode artificiel médicinal d'apport pour combler cette lacune. C'est ainsi qu'on a vu apparaître, depuis les 50 dernières années, des comprimés de fluor, de nombreux dentifrices fluorés à des concentrations d'ailleurs très variables (1), de la gomme à mâcher fluorée, ainsi que des boissons spécifiquement fluorées. FLUOR ET EAUX PLATES (mg/l = ppm)
FLUOR ET EAUX GAZEUSES (mg/l = ppm)
Consequences pathologique des apports inadequats en fluor
Carence en fluor et carie dentaire Mécanismes de production de la carie
dentaire Action anti-carie du fluor L'action anti-carie du fluor, apporté à la dose optimum de 0,05 mg/kg/j ou maximale de 0,1 mg/kg/j se manifeste à deux périodes. Pendant la période pré-éruptive, elle augmente la concentration du fluor dans l'émail, ce qui permet d'accroître la quantité d'apatite fluorée et de rendre ainsi plus ferme la cristallinité de l'émail. Celle-ci favorise la fusion interne des cristaux et s'oppose à l'action destructrice bactérienne et acide. Plus tard, au-delà de la période éruptive, sur l'émail déjà formé, lors de la première et de la seconde dentition, le fluor apporté par voie topique, c'est à dire locale, accentue la réparation de l'émail désagrégé. L'activité anti-carie du fluor varie donc en fonction de la source
de fluor. Le fluor endogène agit sur l'émail en formation alors
que le fluor par voie topique répare l'émail abîmé. Carence en fluor et incidence de la carie dentaire Il est établi, depuis un demi-siècle, que la carence en fluor est la principale responsable de la carie dentaire des enfants et des adolescents. Il existe, en matière de besoin en fluor, deux périodes sensibles :
En effet, le besoin en fluor, non couvert avant même la naissance, est suivi de caries dès la première dentition. Cet effet se fait sentir bien au-delà de la naissance. Le tableau, emprunté à W.TRILLER (14) montre la chronologie des événements de cette adamantogenèse (genèse de l'émail dentaire). Les premières études, et notamment les études faites aux Etats-Unis, avalisées par l'OMS, puis transposées dans les pays d'Europe, ont démontré le rôle déterminant du fluor dans la prévention de la carie dentaire (5). La supplémentation en fluor dans les populations à forte incidence de caries, a permis, 10 ans après sa mise en route d'obtenir des résultats spectaculaires ( 2-4-11). En 30 ans, un apport moyen de 0,05 mg/kg/j a permis une réduction de l'incidence des caries de 40 à 80 %. Cependant, la prévention, qui a été bien acceptée chez les nourrissons, semble délaissée rapidement par les familles, voire par les professionnels. Après l'âge de 2 ans, on a constaté que l'apport fluoré chute de manière assez dramatique et il y a fort à penser qu'un nombre non négligeable d'enfants n'a plus une couverture en fluor suffisante. En France, on a constaté que malgré la prévention, l'indice de caries des écoliers de 12 ans, qui était en moyenne de 4,2 dents cariées en 1987, est encore de 2,1 en 1993.(6) Au-delà de 2 ans les sources topiques apportées essentiellement par les dentifrices (70 % des dentifrices sont aujourd'hui fluorés artificiellement), constituent une autre forme d'apport, mais cet apport n'agit que sur la réparation de l'émail et non sur sa construction. On peut donc conclure, qu'en France, les eaux n'étant pas fluorées et moins de 25 % des consommateurs utilisant du sel fluoré (alors que 50 % des sels du commerce sont cependant enrichis), il est nécessaire de poursuivre la supplémentation par voie médicinale au taux de 0,05 mg/kg/j.
Excès d'apport et fluorose La fluorose dentaire est une hypominéralisation de l’émail liée à une incorporation trop importante de fluorures lors de la formation de la couronne.Elle apparaît pour des apports journaliers de 0,1 mg /kg/24 heures le risque maximum varie pour chaque dent selon l’age par exemple pour les incisives permanentes, elle se situe entre 15 et 30 mois La fluorose se manifeste par l'apparition, au niveau des incisives, de petites taches blanchâtres sous forme de stries horizontales de l'émail. Cet aspect est symétrique selon le degré d'atteinte des dents homologues. L'intensité de l'atteinte est quantifiée selon une cotation en 6 stades, bien connue des dentistes (6 - 16). Lorsque l'excès de fluor concerne également l'os, il existe une pathologie spéciale, dite Darmous, bien connue des anciens dans les pays où les sols sont particulièrement riches en phosphate et en fluor (pays du Maghreb, Afrique), et ou les apports en fluor peuvent atteindre des taux colossaux (supérieurs à 50 mg/kg/j) (6 - 7). La constatation plus récente faite aux Etats-Unis d'un taux élevé de fluorose chez les jeunes, en particulier les adolescents, mais également chez des enfants plus jeunes, a été rapidement attribuée à l'accumulation des apports de fluor successifs : fluoration des boissons (très élevée dans certains états au-delà de 4 mg/l), fluoration du sel avec des valeurs supérieures à 300 mg/kg, apport de comprimés puis de dentifrice très riches en fluor, gomme à mâcher, gel, etc. Ces constatations ont amené les responsables de santé américains, vers les années 1990, à reconsidérer les recommandations faites aux professionnels et à l'industrie, en préconisant notamment à partir de 1999, la diminution des apports de fluor dans les eaux et dans les aliments à usage des enfants (13). Cette décision a alimenté une controverse et a suscité de nombreux articles sur l'utilité de la fluorisation des aliments à usage infantile, parce qu'à la lumière de différentes études récentes, le rapport bénéfice sur la carie risque de la fluorose est largement positif (10). On peut aujourd’hui s’appuyer sur les recommandations de la Societe Française d’Odontologie
Pédiatrique publiées cet été (juin 2004)[17] pour la protection des enfants français
en précisant les mesures adéquates de prévention de la carie comme but primordial pour la
population des enfants sans risque particulier De l'ensemble des données accumulées sur la physiologie et la pathologie liées au fluor, notamment chez l'enfant, on pourra retenir que l'objectif commun aux populations, aux autorités sanitaires et aux professionnels est de protéger l'enfant de deux dangers : la carence en fluor, génératrice de caries avec toutes ses conséquences ultérieures, notamment nutritionnelles et infectieuses, et l'excès en fluor responsable de la fluorose, le premier de ces dangers étant de loin le plus menaçant. La réalisation d'un tel objectif dépend à la fois des efforts individuels et des efforts collectifs et, selon les pays concernés, l'importance de l'un et de l'autre est différente. Sur le plan de la santé publique, les recommandations internationales ne peuvent pas être appliquées à l'aveugle sous tous les climats, sous toutes les latitudes et à toutes les époques. Personne ne remet en question l'indispensable absorption d'une quantité équivalente à 0,05 mg/kg/j de fluor chez les enfants depuis la naissance. Personne ne conteste non plus l'effet majeur du fluor sur la reminéralisation des dents déjà évoluées en bouche par une action topique. Reste à savoir s'il est nécessaire de combiner les deux voies. La seule question qui peut se poser est de savoir comment évaluer le besoin d'un apport complémentaire de fluor par voie médicamenteuse, quand faut-il le poursuivre, faut-il l'arrêter … ? Pour cela, il est nécessaire, avant de faire une prescription systématique, d'évaluer :
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