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EAU ET MASSE CORPORELLE : LE RÔLE DE L'EAU DE BOISSON DANS LE CONTRÔLE DE LA PRISE ALIMENTAIRE
Pr M. FANTINO
Professeur au CHU de Dijon de physiologiste
Spécialiste du comportement alimentaire
(Faculté de médecine - Dijon)
Introduction
Les habitudes de vie et les comportements alimentaires dans les pays développés se sont considérablement modifiés au cours des deux dernières décennies. Ces transformations se reflètent par une augmentation de la prévalence de la surcharge pondérale depuis les années 80, à tel point que le surpoids constitue aujourd'hui un problème majeur de santé publique dans les pays développés.
Facteur de risque indépendant de mortalité cardiovasculaire, facteur de risque de diabète, d'hyperlipidémie, de pathologies bilio-digestives et pleuropulmonaires, et facteur de risque de certains cancers, la surcharge pondérale a des retentissements pathologiques parfois insoupçonnés. Son importance et la gravité de ses complications conduisent à une réflexion approfondie sur les différentes facettes du problème de l'alimentation de l'Homme visant à mettre en place, à terme, des mesures préventives afin de contrôler la véritable pandémie d'obésité qui maintenant sévit dans les pays dit " d'affluence ".
La genèse du surpoids est multifactorielle. Parmi ses causes, la modification des habitudes en matière de consommation de boisson joue très vraisemblablement un rôle que nous nous proposons d'étudier.
Facteurs de risque de survenue d'un surpoids
Si les méfaits d'une surcharge pondérale sont bien identifiés, la multiplicité des facteurs intervenant sur son apparition complique l'identification de leur importance relative. Les nombreuses études épidémiologiques entreprises dans ce domaine ont permis de distinguer deux grands types de facteurs de risque : les facteurs environnementaux (impliqués pour 30 % au moins dans la constitution d'une obésité) et les facteurs génétiques de prédisposition (impliqués pour 25 %). Leur interaction conduit à une susceptibilité individuelle de chaque individu à son environnement, ce dernier jouant un rôle prépondérant.
A titre d'exemple, des études ont montré que la prévalence de l'obésité est plus faible chez les femmes japonaises vivant au Japon que chez les femmes nord-américaines, alors qu'elle est similaire chez ces dernières et les femmes japonaises immigrées aux USA.
Les facteurs environnementaux
Une profonde modification des habitudes de vie dans les pays occidentaux est l'un des facteurs environnementaux clef. Ainsi la baisse de l'activité physique est la conséquence, entre autres, de la mécanisation du travail et de nouvelles habitudes de vie (télévision, voiture, " cocooning "…).
La composition des apports alimentaires s'est radicalement modifiée de façon concomitante. En règle générale, il existe toujours un excès des apports caloriques par rapport aux dépenses lors de la constitution de la surcharge pondérale. Mais si la ration alimentaire intervient en termes de quantité, elle intervient aussi et surtout en termes de qualité.
Certaines études ont ainsi montré que les individus ayant une alimentation pauvre en glucides (hydrates de carbone) mais riche en graisses, présentent un poids supérieur à la moyenne, indépendamment de la ration énergétique totale consommée. De même, il semble qu'une alimentation pauvre en fibres soit aussi un facteur conduisant à l'obésité. En d'autres termes, le surpoids est la conséquence d'un déséquilibre quantitatif et qualitatif, sur le long terme, des apports alimentaires.
Les facteurs génétiques
L'hypothèse d'un rôle des facteurs génétiques était très en vogue dans les années 70, lorsque l'obésité était considérée comme résultant d'un métabolisme perturbé. L'impact réel des facteurs génétiques est en réalité moindre et une simple constatation de bon sens permet d'en limiter l'influence. En effet, la prévalence de l'obésité a considérablement augmenté depuis les années 50, c'est-à-dire sur une période bien courte pour que le génome humain aie pu évoluer significativement !
Surpoids, satiété et apports liquidiens
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Quelques définitions
- Surcharge pondérale : Masse grasse > 20% de la masse corporelle totale.
- Index de masse corporelle (le " Body Mass Index " des anglo-saxons) : = P/T2 (poids en kg divisé par le carré de la taille en mètres). Il permet d'estimer le degré d'adiposité. Valeurs normales : 21 à 25 chez l'homme, 19 et 23,5 chez la femme.
- Faim : Sensation subjective motivant la recherche et l'ingestion de nourriture.
- Rassasiement : Processus permettant de mettre fin à un repas associé à la disparition de la faim.
- Satiété : Etat caractérisant la période postprandiale en l'absence de tout besoin d'ingérer de la nourriture. C'est un état d'indifférence, voire de dégoût vis-à-vis de la nourriture après que la faim aie été pleinement satisfaite par la consommation de nourriture au cours du repas précédent.
- Alliesthésie : Diminution du degré d'appréciation d'un aliment associée à l'état de rassasiement (= alliesthésie négative).
- Palatabilité : Capacité d'un aliment à satisfaire par son bon goût.
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Besoins en eau
L'eau est essentielle à la vie. Un être humain peut résister au jeûne pendant plusieurs jours à condition qu'il boive. Mais si on le prive d'eau, il meurt de déshydratation au bout de 2 à 3 jours ce qui s'explique aisément par le fait que l'eau est le principal constituant de notre organisme. A la naissance, 75 % du poids corporel du nourrisson est constitué par l'eau, puis ce pourcentage diminue progressivement pour atteindre environ 60 % chez l'adulte, et 55 % chez la personne âgée.
Chaque jour, notre organisme perd une assez grande quantité d'eau essentiellement par pertes urinaires (1.500 ml/j) et fécales (100-150 g/j), ou par voie cutanée (pertes sudorales liées aux besoins de la thermorégulation très variable selon les conditions) et par voie respiratoire (800 ml/j). Mais l'organisme doit équilibrer sa balance hydrique par des apports quotidiens suffisants.
Les boissons doivent apporter au minimum au 1.200 ml par jour d'eau, la quantité moyenne souhaitable se situant aux alentours d'environ 2.500 ml/j. Les aliments solides apportent environ 1.000 ml d'eau (car la plupart des végétaux et des fruits contiennent 70 % d'eau environ), et 300 ml sont synthétisés dans l'organisme par les réactions d'oxydation intracellulaire des nutriments (eau endogène). Dans des conditions habituelles, i.e. sans effort physique majeur et sous une température tempérée, l'eau métabolique compense à peu près les pertes d'eau dites "insensibles", c'est-à-dire les pertes cutanées et respiratoires.
La soif
Dès que les pertes d'eau atteignent un certain niveau (environ 1 %), la sensation de soif apparaît. Elle est destinée à susciter une prise de boisson qui apporte à l'organisme le supplément d'eau dont il a besoin. La soif représente donc un signal d'alerte permettant d'éviter un déficit en eau.
Satiété pour les liquides
La satiété qui suit l'ingestion de liquide est puissante. En effet, alors que l'on peut manger "sans faim", il est difficile, en dehors de motivations très particulières ou dans certaines pathologiques, de se forcer à boire de grandes quantités d'eau pure en absence de soif. En revanche, la consommation de liquides de goût agréable (boissons sucrées, alcoolisées, etc...) peut largement dépasser la soif et les besoins hydriques. Réciproquement il est probable que la quantité d'eau ingérée peut être inconsciemment réduite lorsque l'eau contient des impuretés qui modifient son goût, même de façon minime.
Ingestion de liquide et surcharge pondérale
Si l'excès d'absorption de nourriture conduit à une surcharge pondérale, l'absorption d'eau, même en quantité importante, n'est pas nocive pour l'organisme (exception faite de certaines pathologies spécifiques et rares). De plus, divers travaux démontrent qu'une excrétion supplémentaire d'eau n'est pas un "travail" pour le rein, contrairement à l'excrétion des déchets du métabolisme dans peu d'eau qui, elle, augmente le travail du rein. (L.Bankir)
Des travaux 6 ont démontré que la consommation de deux verres d'eau supplémentaires pendant le repas diminue la sensation de faim et augmente la sensation de satiété générée par ce repas. Cependant, dans cette étude, les consommations d'aliments ayant été imposées, il n'a pas été possible d'en déduire un impact sur la consommation calorique globale. Mais d'autres études montrent que l'ingestion de soupe classique (non passée) au cours d'un repas réduit la prise alimentaire.
Devenir des calories issues des boissons sucrées
Les mécanismes physiologiques contrôlant la soif et le comportement dipsique assurent la couverture des besoins de l'organisme en eau et en minéraux, mais ils ne prennent pas en compte les apports énergétiques véhiculés par des boissons caloriques. Ainsi les boissons sucrées, qui peuvent apporter une quantité d'énergie non négligeable dépassant parfois 400 kcal par litre (jus de fruits ou soda sucrés à 100 g/l ; le jus de raisin peut contenir plus de 170 g/l de sucre !). Or, plusieurs études montrent que les calories issues des boissons sont mal prises en compte par l'organisme dans le cadre de la régulation de sa balance énergétique.
Dans une expérience récente4, des sujets ont consommé ad libitum, au cours de séances expérimentales différentes, l'une des quatre boissons suivantes : eau minérale, eau minérale aromatisée à l'orange mais non sucrée, eau minérale aromatisée sucrée (100 g/L de saccharose), ou eau minérale aromatisée isoédulcorée à l'aspartame. Les sujets ont déjeuné et dîné ad libitum, à l'heure de leur choix. Il a été constaté que, quelle que soit la boisson ingérée au cours de la journée, les consommations caloriques lors des repas n'ont pas significativement différé d'une séance expérimentale à l'autre. Il en a résulté que, le jour de consommation de la boisson sucrée calorique, les consommateurs ont eu, à l'échelle de la journée, un apport énergétique total supérieur aux jours de consommation des boissons non énergétiques. Cela indique que les calories procurées par la boisson sucrée au saccharose n'ont pas été prises en compte par les sujets pour leur permettre d'adéquatement contrôler leur prise alimentaire et d'assurer l'équilibre de leur balance énergétique. |
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En pratique : apports recommandés
A moduler en fonction de l'activité physique, sportive ou professionnelle, et des conditions climatiques.
- Apports liquidiens recommandés :
- en moyenne 2.500 ml/j,
- au minimum 1.200 ml/j,
- boire plus n'est pas nocif pour l'organisme.
- Apports caloriques recommandés :
- 2.000 kcal pour les femmes,
- 2.700 kcal pour les hommes.
- Place des boissons dans la prévention du surpoids :
- Boire deux verres d'eau supplémentaires au cours du repas augmente la sensation de satiété et diminue la sensation de faim
- Eviter l'ingestion de boissons sucrées car les calories qu'elles apportent, ne sont pas prises en compte par la balance énergétique de l'organisme, ce qui engendre un apport énergétique supérieur.
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Bibliographie
1 - Beridot-Therond ME, Arts I and Fantino M Short-term effects of the flavour of drinks on ingestive behaviours in man Appetite, 1998 ; 31 : 67-81
2 - Lappalainen R, Mennen L, van Weert L and Mykkänen H Drinking water with a meal : a simple method of coping with feelings of hunger, satiety and desire to eat. European Journal of Clinical Nutrition, 1993 ; 47 : 815-819

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