Novembre 2004

LES NOUVEAUX APPORTS NUTRITIONNELS CONSEILLÉS (ANC) EN MINÉRAUX ET OLIGO-ÉLÉMENTS (CNERNA-AFSSA, 2001)
Dr. Léon GUÉGUEN
Directeur de recherches honoraire de l'INRA

Les éléments minéraux indispensables
Calcium
Phosphore
Magnésium
Fer
Cuivre
Zinc
Iode
Sélénium
Chrome
Fluor
Autres oligo-éléments
Tableaux

Les éléments minéraux indispensables

Les ANC ne sont que des valeurs guides vers lesquelles il faudrait tendre pour minimiser la probabilité de déficience dans une population.
Les valeurs publiées dans l'édition de 1992 ont été réactualisées et ajustées en tenant compte des travaux les plus récents. Pour le calcium et le phosphore, les éventuelles différences avec les valeurs récemment publiées par le Food and Nutrition Board (Institute of Medicine) des Etats-Unis ont été particulièrement argumentées.
L'eau et les électrolytes (sodium, potassium, chlore) feront l'objet d'une présentation séparée et plus détaillée.

Les éléments minéraux indispensables Ils sont en général classés en deux catégories :

  • Les macro éléments, éléments minéraux majeurs, qui comprennent le sodium (Na), le potassium (K), le chlore (Cl) (éléments souvent qualifiés d'électrolytes), ainsi que le calcium (Ca), le phosphore (P) et le magnésium (Mg).
  • Les oligo-éléments ou éléments en traces, qui sont le fer (Fe), le zinc (Zn), le cuivre (Cu), le manganèse (Mn), l'iode (I), le sélénium (Se), le chrome (Cr), le molybdène (Mo), le fluor (F), le cobalt (Co). Ce dernier, constituant de la vitamine B 12, est traité avec les vitamines. Pour d'autres éléments comme le silicium (Si), le vanadium (V), le nickel (Ni), le bore (B) et l'arsenic (As), les preuves expérimentales de leur caractère indispensable chez l'animal sont très récentes et parfois non confirmées chez l'Homme. L'intérêt pratique de leur apport alimentaire reste mineur. Certains de ces éléments peuvent être toxiques à doses relativement faibles (As, Ni, F, Cr...).

Calcium

La quasi-totalité (99 %) du calcium corporel (1,0 à 1,2 kg) se trouve dans le squelette et la calcémie est maintenue constante aux dépens du calcium échangeable de l'os. Les besoins calciques de l'organisme se réduisent donc aux besoins de l'os.

Les apports en calcium doivent permettre d'assurer la minéralisation maximale de l'os avant l'âge adulte et ensuite de préserver le plus longtemps possible le capital osseux, toujours dans le but de prévenir l'ostéoporose.
Comme dans l'édition précédente, les besoins nutritionnels moyens (BNM) ont été évalués par la méthode factorielle à partir des divers besoins nets et du coefficient d'absorption réelle, et non par l'estimation plus empirique d'un seuil maximum de rétention osseuse.
Chez l'homme adulte, le besoin minimum d'entretien est estimé à 260 mg de Ca par jour, réparti entre les pertes urinaire (130 mg), fécale (110 mg) et sudorale (20 mg). La quantité de calcium retenue dans le squelette est variable et peut atteindre 400 mg par jour au moment du "pic" pubertaire. Il est admis que la minéralisation osseuse maximale génétiquement possible est acquise avant 18 ans, même si une certaine consolidation, notamment de l'os cortical, peut se poursuivre jusqu'à 30 ans. Ce pic de masse osseuse, dont l'acquisition est favorisée par une forte consommation decalcium (en majorité apporté par le lait et les produits laitiers) pendant l'enfance et l'adolescence, détermine le risque ultérieur d'ostéoporose.
Le fœtus retient environ 20 g de calcium pendant le dernier trimestre de la grossesse, soit en moyenne 220 mg par jour. Pour une teneur de 320 mg de Ca par litre de lait et un volume journalier de 800 mL, le besoin moyen de lactation est de 250 mg de Ca par jour.

Le coefficient d'absorption réelle (CAR) potentiel moyen du calcium est de l'ordre de 35 à 40% chez l'adulte, sauf lorsque l'absorption est limitée par des facteurs inhibiteurs. Les valeurs de CAR adoptées sont de 45% pour les adolescents de 10 à 14 ans et de 55% pour les femmes enceintes. La lactation ne semble pas améliorer nettement l'efficacité d'absorption du calcium et une valeur de 45% a été adoptée. En revanche, la valeur moyenne du CAR a été abaissée à 30% chez les femmes après la ménopause et chez les personnes âgées (plus faible production de calcitriol, dérivé actif de la vitamine D).
Les besoins nutritionnels moyens ainsi évalués à partir des besoins nets et du CAR ont été augmentés de 30 % pour obtenir les apports nutritionnels conseillés (ANC) , en adoptant un coefficient de variation conventionnel de 15%. Les valeurs ainsi calculées sont indiquées dans le tableau 1. Elles diffèrent peu de celles de l'édition précédente, sauf la plus grande discrimination maintenant faite en fonction de l'âge chez les enfants et l'augmentation des apports dès l'âge de 55 ans chez la femme, l'efficacité d'un supplément calcique sur la réduction de la résorption osseuse n'étant manifeste que 5 ans après la ménopause.

  • Chez les enfants et des adolescents, il est bien connu que l'apport calcique est surtout efficace en période pré pubertaire, mais que cet effet est beaucoup plus difficile à mettre en évidence après 15-18 ans.
  • Chez les femmes après la ménopause et chez les personnes âgées, le calcium se comporterait comme un "nutriment à seuil", dont l'effet sur la PTH et divers marqueurs du renouvellement osseux serait d'autant plus important que l'apport alimentaire est faible. Il ne s'exercerait plus de façon aussi significative au-delà d'un seuil de l'ordre de 800 mg par jour.
  • La grossesse et l'allaitement n'entraînent pas de besoin supplémentaire en calcium, d'une part du fait de l'augmentation de l'absorption pendant la grossesse, d'autre part compte tenu du caractère inévitable d'une perte de masse osseuse pendant l'allaitement, perte ultérieurement compensée par une rétention osseuse accrue.

Des apports supérieurs aux ANC peuvent être légitimement prescrits de façon individuelle, mais cela relève de la thérapeutique et non de l'alimentation courante. Il ne serait donc pas raisonnable de conseiller de tels apports à des groupes de population dont seulement une faible frange (puisqu'il s'agit d'ANC) pourrait tirer un éventuel bénéfice.
La limite de sécurité a été maintenue à un maximum de 2 g de calcium par jour.

A retenir

Le pourcentage de la population française consommant moins des deux tiers des ANC (apport considéré comme seuil critique pour définir les groupes à risque) est approximativement de 20% pour les hommes de 18 à 65 ans, de 30% pour les adolescents et les femmes de 18 à 50 ans, de 50% pour les adolescentes et les hommes de plus de 65 ans et de près de 75% pour les femmes de plus de 55 ans.

Le calcium ingéré provient pour plus des deux tiers du lait et des produits laitiers. Seuls certains légumes à feuilles vertes, les fruits secs et quelques eaux minérales naturelles calciques et eaux de boissons (tableau en annexe) sont riches en calcium. Un régime sans produit laitier ne fournit pas plus de 400-500 mg de Ca par jour.

Phosphore

Comme dans l'édition précédente, les besoins nutritionnels moyens ont été évalués par la méthode factorielle.
Le besoin net d'entretien, qui correspond aux pertes minimales inévitables par les voies fécale, sudorale et surtout urinaire, a été estimé à 300 mg par jour.
Les besoins nets de croissance varient de 50 à 150 mg par jour. Le fœtus à terme contient environ 17 g de phosphore, ce qui conduit à une rétention moyenne de 150 mg/j pendant le dernier trimestre de grossesse. Pour une teneur moyenne en phosphore du lait humain de 150 mg par litre et un volume journalier de 800 mL, le besoin net de lactation est de 120 mg de phosphore par jour.
Contrairement au calcium, le phosphore biodisponible est très bien absorbé avec peu de variations en fonction des facteurs physiologiques et du niveau d'apport. Les valeurs moyennes adoptées pour le CAR sont de 70 à 75% chez les enfants, les adolescents et les femmes enceintes, et de 65% chez les adultes et les personnes âgées.
Comme pour le calcium, l'apport de phosphore conseillé pour les femmes allaitantes a été limité à 800 mg/j pour tenir compte d'une "élasticité" normale des réserves osseuses.

La consommation de phosphore est toujours très excédentaire par rapport aux apports conseillés. Le rapport Ca/P des régimes courants est de 0,5 à 0,6 avec risque d'excès absolu ou relatif de phosphore.
Dans les conditions alimentaires courantes, il n'y a pratiquement pas de risque de toxicité aiguë ou chronique du phosphore. Cependant, le risque d'éventuels effets secondaires d'un excès de phosphore sur le métabolisme calcique et la minéralisation osseuse ne doit pas être négligé. Si l'apport simultané de phosphore est favorable à la rétention osseuse du calcium en diminuant son excrétion urinaire, l'excès de phosphore peut aussi, à plus long terme, notamment en cas d'apport insuffisant de calcium, induire une hyperparathyroïdie secondaire (provoquée par une légère baisse de la concentration sérique en calcium ionisé) qui modifie défavorablement le remodelage osseux.
Il semble donc logique et prudent de garder une limite de sécurité de 2,5 g de phosphore par jour, que les régimes courants n'atteignent d'ailleurs pas, sauf enrichissement inconsidéré ou recours abusif à des aliments traités aux polyphosphates.

A retenir

Les principaux aliments sont riches en phosphore et la consommation moyenne serait en France de l'ordre de 1500 à 1600 mg par jour, donc bien supérieurs aux ANC. Comme il n'est pratiquement pas possible de diminuer les apports de phosphore, il importe de veiller particulièrement aux apports calciques.

Magnésium

Chez l'adulte, l'apport magnésique nécessaire au maintien de l'équilibre du bilan serait d'environ 330 mg/j et la valeur retenue pour le besoin moyen est de 350 mg/j, à majorer en période de forte croissance et chez les personnes âgées. Les dépenses supplémentaires pour la fin de la grossesse sont estimées à 35 mg/j et le besoin net de lactation est évalué à 24 mg/j en moyenne.
Le besoin moyen en magnésium (défini comme la valeur pour laquelle 50% des individus de la population ont leur besoin satisfait) est de 5 mg par kg et par jour, quel que soit le sexe, et les ANC sont donc fixés, d'une façon générale, à 6 mg par kg et par jour. Ils sont maintenant en bon accord avec les apports recommandés récemment publiés aux Etats-Unis, auparavant sous-évalués.
L'apport maximum en supplément des ANC pourrait être fixé à 350 mg/j, même si des apports pharmacologiques plus importants peuvent être sans conséquence nocive.

A retenir

Les apports alimentaires moyens, selon l'étude SU.VI.MAX, sont de 370 mg/j chez l'homme et de 280 mg/j chez la femme. Cette même étude montre que 18 % des hommes et 23 % des femmes de cette cohorte ont des apports inférieurs aux 2/3 des ANC et constituent donc des groupes à risque important de déficit magnésique.

En France, comme dans d'autres pays développés, l'insuffisance de l'apport de Mg dans une fraction de la population est la conséquence de la diminution de l'apport énergétique et des nouvelles habitudes alimentaires. Les céréales et les produits végétaux en général sont de bonnes sources de magnésium, ainsi que certaines eaux minérales naturelles et eaux de boissons (tableau en annexe).

Fer

Les pertes basales journalières de fer varient, chez l'adulte, de 0,9 à 1 mg.
Pour les femmes, de la puberté à la ménopause, la médiane des pertes menstruelles se situe entre 25 et 30 ml par mois, ce qui correspond à des pertes en fer de 12,5 à 15 mg par mois, soit 0,4 à 0,5 mg/j, qui viennent s'ajouter aux pertes basales habituelles.
L'absorption du fer non héminique est très variable (souvent très inférieure à 10 %) et dépend de la nature du repas. Certains facteurs favorisent ou compromettent la biodisponibilité du fer non héminique. Selon l'action de ces facteurs, l'absorption du fer d'un repas peut varier de 1 à 20%.

Les apports conseillés ont été estimés avec le double objectif d'éviter la déficience en fer et de maintenir des réserves adéquates. Les besoins en fer étant tellement élevés chez la femme enceinte, il paraît très difficile de les couvrir par l'alimentation. Un complément médicamenteux précoce est donc souhaitable (dès la fin du 1er trimestre de la grossesse). Les intérêts respectifs d'une supplémentation systématique de toutes les femmes enceintes ou d'une supplémentation orientée après un dépistage de la carence en fer ne sont pas encore clairement établis et font l'objet de controverses. En effet, un excès de fer, particulièrement en présence de vitamine C, peut augmenter le stress oxydatif et rien ne permet d'affirmer avec certitude que des réserves en fer maximales apportent un effet bénéfique à la santé. La dose limite de sécurité retenue est de 28 mg/j (2 fois l'ANC).

A retenir

En France, l'apport alimentaire journalier de fer a été évalué entre 13 et 17 mg chez l'homme et entre 9 et 13 mg chez la femme âgée de plus de 15 ans. Dans l'étude SU.VI.MAX, 23% des femmes en âge de procréer présentent une déplétion des réserves en fer et 4,4% ont une déficience suffisamment intense pour entraîner une anémie ferriprive. Diverses études réalisées dans des populations de femmes enceintes ont révélé l'existence de déficiences en fer chez 60 à 75% des femmes enceintes en fin de grossesse.

Dans un régime de type occidental, les principales sources de fer sont les produits carnés (30 à 35% du fer total), les céréales (20 à 30%), puis les fruits et légumes, enfin les racines et tubercules amylacés.

Cuivre

Chez l'adulte, les pertes de cuivre sont estimées à 400 à 500 µg/j par la sueur, l'urine et surtout les sécrétions biliaires non réabsorbées. Le besoin nutritionnel moyen nécessaire pour compenser ces pertes se situe entre 1,35 et 1,65 mg/j, ce qui conduit à des ANC de 1,8 à 2,2 mg/j, soit en moyenne 2 mg/j.
Chez les nourrissons et les enfants en bas âge, les besoins en cuivre sont très importants et atteignent 40 à 80 µg de Cu par kg et par jour. Il convient d'augmenter l'apport journalier en cuivre d'environ 0,5 mg/j chez la femme enceinte ou allaitante.
En France, l'apport journalier moyen de cuivre est de 1,8 mg/j chez l'homme et de 1,5 mg/j chez la femme. Les apports de cuivre par l'eau de boisson peuvent être importants et la limite tolérée est actuellement de 1 mg par litre pour l’eau minérale naturelle et 2mg par litre pour l’eau d’adduction (norme européenne).

Zinc

Les apports nutritionnels conseillés doivent tenir compte de la composition du régime. Ainsi des apports de 2,5 et 3,6 mg/j respectivement chez la femme et l'homme adultes peuvent être suffisants dans le cas d'une alimentation à base de produits d'origine animale. Dans le cas d'une alimentation variée, des apports de 6,5 mg/j chez la femme adulte et de 9,4 mg/j chez l'homme adulte seront suffisants. Enfin, si l'alimentation est très riche en végétaux, une augmentation des apports jusqu'à 13 mg/j chez la femme adulte et 18,5 mg/j chez l'homme adulte semble nécessaire. Deux niveaux d'apports nutritionnels sont donc conseillés pour le zinc, selon que le régime est relativement riche ou pauvre en produits d'origine animale.

L'administration de zinc à des doses supérieures aux ANC ne présente un intérêt démontré que lors d'un déficit confirmé, comme parfois chez la femme enceinte ou pour améliorer les fonctions immunitaires et la croissance lorsque la zincémie est basse.
La limite de sécurité varie selon les auteurs entre 15 et 40 mg par jour. Une monosupplémentation à long terme (supérieure à 30 jours), au-delà de 20 mg/j, ne devrait se faire que sous contrôle médical.
Le pain complet est plus riche en zinc que le pain blanc mais le zinc est mieux assimilé à partir du pain blanc qui est moins riche en phytate. Les produits d'origine animale, en particulier la viande de bœuf, sont de bonnes sources alimentaires de zinc.

Iode

Chez les adolescents et les adultes, un ANC de 150 µg/j a été retenu. Chez la femme enceinte, les ANC tiennent compte d'une clairance rénale augmentée de l'iode pendant la grossesse et des besoins propres du fœtus. Chez la femme allaitante, les ANC compensent les pertes journalières moyennes de 30 à 50 µg d'iode dans le lait maternel.

A retenir

La France compte parmi les pays européens affectés par la carence iodée, les principaux foyers résiduels étant décrits dans les Pyrénées, les Landes, le Massif Central, la Franche-Comté et l'Alsace. Dans ces régions, l'iodurie est voisine de 60 - 70 µg/l et 10 à 20 % des femmes développent un petit goitre de stade I en cours de grossesse. Après l'accouchement, leurs enfants souffrent fréquemment d'une hypothyroïdie néonatale transitoire.

Les apports d'iode sont principalement assurés par les produits solides car les eaux potables en sont pauvres (2-3 µg/l) et couvrent moins de 5 % des apports. Les aliments marins (poissons, crustacés, mollusques, algues) sont une source majeure et stable d'iode, de l'ordre de 80 à 150 µg par 100 g de produit comestible.
L'industrie agroalimentaire fait un usage croissant de désinfectants, conservateurs et colorants iodés, pour le conditionnement des produits laitiers et des plats cuisinés ou surgelés et particulièrement pour la désinfection (iodophores) du matériel de traite. Les laitages, les produits céréaliers et les œufs représentent une part substantielle de la couverture iodée chez l'enfant et le jeune adolescent.
La prophylaxie antigoitreuse consiste à supplémenter le régime alimentaire ordinaire par de l'iode mélangé au sel de cuisine. En France, les succès limités de la prévention par le sel iodé sont liés à un enrichissement trop faible (10 à 15 mg/kg) et à une diffusion restreinte sur le marché intérieur (46 % des ventes). Des apports iodés appropriés donnent d'excellents résultats. Une alternative consiste à donner une dose orale annuelle d'huile iodée qui, grâce à une bonne séquestration adipocytaire, assure à faible coût une protection prolongée. La thyrotoxicose est l'une des complications occasionnelles de la surcharge iodée.

Sélénium

Les derniers apports nutritionnels conseillés en sélénium, définis aux Etats-Unis et adoptés en France en 1992 (70 µg/j chez l'homme et 55 µg/j chez la femme), visaient à saturer l'activité de la glutathion peroxydase sélénodépendante plasmatique. Or, il n'est pas sûr qu'il soit nécessaire d'avoir une activité maximale de cette enzyme pour couvrir les besoins en sélénium.
D'autres pays ont établi des apports conseillés variant entre 30 et 75 µg/j. Le Comité Scientifique Européen de l'Alimentation Humaine a proposé 40 µg/j comme besoin moyen et comme valeur de référence pour l'étiquetage, soit un ANC dérivé de l'ordre de 50 µg/j. Il peut être conseillé des apports nutritionnels compris entre 50 et 80 µg par jour pour les sujets adolescents et adultes : ainsi, même si l'apport optimal est difficile à définir, on peut considérer que l'apport de 1 µg par kg de poids corporel et par jour est adéquat. Les principaux aliments riches en sélénium sont les poissons (30 - 40 µg/100 g), les œufs (20 µg/100 g), la viande (6-10 µg/100 g) et les fromages (5 µg/100 g). Les apports alimentaires ont été évalués à 40-50 µg par jour. La supplémentation en sélénium ne doit pas être systématique.
Une valeur maximale de 5 µg par kg et par jour a été définie comme la dose n'induisant aucun risque d'effet délétère toute une vie durant. Une dose limite de sécurité de 150 µg/j a cependant été proposée en France en utilisant un facteur de sécurité de 10.

Chrome

A retenir

Le chrome est un oligo-élément essentiel, nécessaire au métabolisme glucidique et lipidique, dont les apports sont suboptimaux dans les pays industrialisés. La détermination des besoins et les bénéfices d'une supplémentation chez le sujet sain restent l'objet d'une controverse qui devrait conduire à une clarification des allégations sur le chrome. Les déficits en chrome ont été principalement décrits chez le diabétique, le sujet âgé et l'enfant malnutri.

La définition des ANC s'appuie sur l'absence de signes cliniques de carence pour un apport de 50 µg/j et sur l'absence de toxicité en deçà de 200 µg/j. Il est proposé un ANC de 50 à 70 µg/j, alors que l'apport alimentaire serait en moyenne de 40 µg/j.
Les aliments les plus riches en chrome sont les levures, le foie, le jaune d'œuf et les épices. La plupart des autres aliments contiennent moins de 10 µg/100 g. La biodisponibilité du chrome est très basse pour la viande, le lait et les légumes verts ; elle augmente pour les céréales.
Les bénéfices d'une supplémentation chez le sujet sain ne sont observés qu'en cas de statut bas en chrome. Les suppléments proposés sur des allégations fausses doivent être dénoncés. Cependant, la reconnaissance du chrome comme essentiel dans la formulation de compléments nutritionnels pour les groupes à risque est indiscutable.
La toxicité du chrome trivalent est classiquement admise comme étant pratiquement nulle. En revanche le chrome hexavalent est très toxique.

Fluor

Le fluor n'a pas de rôle essentiel en dehors de la formation de la fluoroapatite au niveau des dents et des os. Un apport de 0,5 mg/j semble suffisant pour prévenir les caries. L'aliment de choix pour réaliser la supplémentation de masse semble être le sel, bien que la fluoration des eaux de boisson (non autorisée en France) à raison de 0,6 à 1,2 mg/l soit très répandue dans le monde. Une fluorose dentaire peut s'observer chez l'enfant consommant de l'eau contenant plus de 1,6 mg/l. Certaines eaux minérales sont riches en fluor (plus de 5 mg par litre) et leur consommation exclusive et excessive durant plusieurs années peut être responsable de fluorose dentaire et osseuse.
La supplémentation chez le jeune enfant doit donc tenir compte de la quantité de fluor apportée par l'eau de boisson. Elle est inutile si l'eau contient plus de 0,6 mg par litre. La limite de sécurité chez l'adulte est comprise entre 4 et 10 mg/j. Des quantités importantes de fluor sont retrouvées dans le thé et les poissons de mer. En revanche, le lait est pauvre en fluor. Dans l'eau, la teneur est très variable. Les apports de fluor varient entre 0,3 et 1,9 mg/j, selon les pays et leur politique de fluoration de l'eau du robinet et du sel.

Autres oligo-éléments

A retenir

D'autres minéraux (Mn, Mo) sont indispensables chez l'Homme mais ne justifient pas de définir des apports nutritionnels conseillés dans la mesure où la couverture des besoins est largement assurée par l'alimentation.

Certains oligo-éléments sont considérés comme potentiellement indispensables parce qu'il existe des preuves de l'effet d'une carence chez l'animal (As, B, Li, Ni, Si, V) même si aucune réelle démonstration n'a été faite chez l'Homme. Pour ces derniers, les connaissances sont trop sommaires pour définir des ANC. Trois d'entre eux (Li, Si, V) sont utilisés en thérapeutique.
Enfin, pour d'autres oligo-éléments, il n'existe aucune certitude quant à leur caractère indispensable (Al, Br, Cd, Ge, Pb, Rb, Sn).

Pour tous ces "autres oligo-éléments", aucune carence n'a pu être démontrée chez l'Homme, peut être par manque d'indicateurs suffisamment fiables. Il est dès lors difficile de proposer des apports nutritionnels conseillés. Toutefois, on peut considérer que les apports par l'alimentation courante satisfont les besoins de l'organisme.

Aucune citation d'auteur n'a été faite dans ce résumé. Pour en savoir plus, le lecteur est invité à consulter les références bibliographiques (près de 300) du chapitre 7 (70 pages) de l'ouvrage (600 pages) " Apports nutritionnels conseillés pour la population française ", coord. A. Martin, Cnerna-Afssa, 2001, ed. Tec & Doc., Lavoisier, Paris.

Tableaux

Tableau 1
Apports Nutritionnels Conseillés (ANC) en minéraux et oligo-éléments

(exprimés en mg ou µg par jour) (Cnerna-Afssa, 2001)

Ca
mg
P
mg
Mg
mg
Fe
mg
Zn
mg
Cu
mg
F
mg
I
µg
Se
µg
Cr
µg
Enfant 1-3 ans  500 360 80 7 6 0,8 0,5 80 20 25
Enfant 4-6 ans  700 450 130 7 7 1,0 0,8 90 30 35
Enfant 7-9 ans  900 600 200 8 8 1,2 1,2 120 40 40
Enfant 10-12 ans  1200 830 280 10 12 1,5 1,5 150 45 45
Adolescent (13-18)   1200 830 410 13 13 1,5 2,0 150 50 50
Adolescente (13-18)  1200 830 370 16 10 1,5 2,0 150 50 50
Homme adulte  900 750 420 9 12 2,0 2,5 150 60 65
Femme adulte  900 750 360 16 10 1,5 2,0 150 50 55
Homme > 65 ans  1200 750 420 9 11 1,5 2,5 150 70 70
Femme > 55 ans  1200 800 360 9 11 1,5 2,0 150 60 60
Femme enceinte 7-9 m.  1000 800 400 30 14 2,0 2,0 200 60 60
Femme allaitant  1000 850 390 10 19 2,0 2,0 200 60 55
Personne âgée >75  1200 800 400 10 12 1,5 2,0 150 80 ?

  • Des ANC précis ne peuvent pas être proposés pour le sodium, le potassium et le chlore, dont la consommation est en général largement excédentaire par rapport aux besoins. Une modération des apports de chlorure de sodium est conseillée (6-8 g par jour).
  • Il semble prématuré de fixer des ANC pour le manganèse et le molybdène. Ils seraient de l'ordre de 2-3 mg de Mn et de 30-50 µg de Mo par jour pour l'adulte et sont largement assurés par l'alimentation courante.
  • Les ANC de fer pour la femme enceinte sont très élevés et restent l'objet de controverses. Les régimes courants ne permettent pas d'atteindre de tels apports et un supplément est alors nécessaire sous contrôle médical.
  • Les valeurs indiquées pour le fer et le zinc sont des valeurs moyennes arrondies qui peuvent varier selon la biodisponibilité des éléments des régimes : elles sont de 20 à 30 % plus faibles pour des régimes riches en produits animaux, notamment en produits carnés, et de 20 à 30 % plus élevées pour des régimes à prédominance végétarienne.
  • Pour le chrome chez les personnes âgées, une valeur très élevée de 125 µg/j a été parfois proposée.
  • Certaines valeurs de ce tableau peuvent différer légèrement des valeurs correspondantes données dans le texte. Cela résulte de l'utilisation de tranches d'âge parfois un peu différentes et du calcul de moyennes arrondies.

Tableau 2
(Données ajoutées par le Centre Evian pour l'Eau)
Composition de quelques eaux embouteillées riches en calcium ou en magnésium

Calcium (mg/l) Mg (mg/l)
Eaux plates
Evian  78 24
Vittel  202 36
Hépar  555 110
Talians  596 77
Taillefine  250 50
Eaux minérales gazeuses
Badoit  190 85
St Yorre  90 11
St Pellegrino  208 55,9
Salvetat  253 11
Arvie  170 92
Quézac  241 95
Ferrarelle   370 22