Novembre 2004 HYDRATATION ET PERSONNES ÂGÉES Indispensable à la vie, l'eau est le principal constituant de notre organisme. Elle est répartie en deux secteurs : le secteur intracellulaire (le plus important) et le secteur extracellulaire riche en sodium, qui comprend le plasma intravasculaire et les liquides interstitiels (1). Le pool hydrique de l'organisme diminue avec l'âge : représentant 76% chez le nourrisson, il n'est plus que de 62% à 25 ans et n'atteint plus que 53% à 70 ans. Les personnes âgées doivent boire suffisamment car leur réserve hydrique est moindre que celle des sujets plus jeunes, leur rein régule moins bien l'eau de l'organisme et leur sensation de soif est altérée. La comorbidité et certains traitements médicamenteux sont des causes fréquentes, aggravantes de déshydratation (2-7). Les déshydratations sont souvent secondaires à un déficit d'apports hydriques qui entraîne une hypernatrémie, une augmentation de l'osmolarité extracellulaire et une déshydratation globale, extracellulaire et intracellulaire. Ces déficits hydriques peuvent être secondaires à un défaut d'apport parce que le seuil de perception de la soif est altéré chez les personnes âgées, surtout si elles sont anorexiques et/ou déprimées. De nombreux stress, tels que l'exercice physique ou les séjours en altitude, perturbent la prise volontaire de liquides (déshydratation involontaire). A noter que des antécédents de déshydratation sont, en outre, un facteur de récidive chez les personnes âgées. Dans certains cas, comme dans les syndromes démentiels, les sujets âgés ne savent pas manifester leur soif, ou bien ne peuvent la satisfaire lorsque leur mobilité est réduite. Pire encore, la crainte de l'incontinence urinaire limite souvent la prise de boissons, alors qu'en réalité, des urines concentrées irritent la paroi vésicale et aggravent l'incontinence. Dans d'autres cas, la déshydratation des personnes âgées peut être liée à une perte excessive en sel et en eau. C'est le cas lors de diarrhées, de vomissements ou de prise de diurétiques. Dans ces situations, la déshydratation prédomine dans le secteur extracellulaire et entraîne une hypovolémie. (8) Evolution des compartiments hydriques au cours des ans L'eau totale de l'organisme décroît progressivement avec l'âge
pour atteindre 53 % du poids corporel à 70 ans (18). La majeure
partie de la perte hydrique concerne le secteur extracellulaire
qui diminue de 42 % à environ 25 % du poids corporel. La perte
de la masse maigre, qui contient près de 80 % d'eau, est déterminante
dans cette baisse du capital hydrique de l'organisme. Facteurs de risque de déshydratation du sujet âgé :
La soif chez les seniors Chez les sujets en bonne santé, l'homéostasie liquidienne est
assurée par la sensation de soif qui conduit à la prise de boisson,
et par une stimulation de la sécrétion de vasopressine qui limite
les pertes liquidiennes rénales (20). Les personnes âgées ont
une capacité limitée à équilibrer leur balance hydrique en cas
de carence d'apport ou d'hyperhydratation. La perception de
la soif diminue avec l'âge, probablement par perte de la sensibilité
des osmorécepteurs et/ou des barorécepteurs. Chez les sujets
jeunes, la sensation de soif apparaît lorsque l'osmolalité plasmatique
dépasse 292 mOsm/kg (22). Chez des sujets sains, âgés de 67 à
75 ans, cette sensation de soif est diminuée en cas de privation
hydrique et n'apparaît souvent que pour des augmentations de l'osmolalité
supérieure à 296 mOsm/kg (22). En outre, lorsqu'on propose de
l'eau, ils en consomment significativement moins que les sujets
jeunes. Dépistage de la déshydratation chez le sujet âgé Les sujets âgés fragilisés ont un risque accru de déshydratation,
qui passe souvent inaperçue tant qu'un événement intercurrent,
tel que l'apparition d'un syndrome confusionnel, ne se manifeste
pas. Le déclin cognitif et fonctionnel, le décès sont des conséquences
connues de la déshydratation et des états confusionnels. Les signes cliniques d'une déshydratation intracellulaire : Ils sont proches de la sensation de soif : la sécheresse des muqueuses (langue sèche, bouche sèche, dysphagie), de la fièvre, une oligurie, une constipation, des troubles neuromusculaires (somnolence d'installation brusque, confusion, chutes, irritabilité, agitation, contractures.) (9-10). Les signes cliniques d'une déshydratation extracellulaire : Ce sont : une perte de poids, une tachycardie et une hypotension
artérielle liées à l'hypovolémie, une hypotonie des globes oculaires
qui sont enfoncés dans les orbites, des cernes ou un pli cutané
persistant après pincement de la peau.
Il faudra rechercher systématiquement une prise de médicaments responsables ou pouvant aggraver cet état de déshydratation : diurétiques, laxatifs, sédatifs, hypnotiques, antipsychotiques ou anticholinergiques. Traitement de la déshydratation En cas de pertes digestives, il faut aussi compenser la carence sodée en apportant des eaux minérales sodées. En fonction des cas cliniques, plusieurs solutions de réhydratation sont possibles :
La réhydratation ne doit pas se faire de façon trop hâtive et s'étaler sur plusieurs jours, surtout chez les sujets âgés hypernatrémiques qui ont des troubles de la conscience. Une réhydratation trop rapide pourrait entraîner un œdème cérébral intracellulaire et aggraver les troubles neurologiques. Cette réhydratation progressive doit tenir compte du retard hydrosodé et des pertes quotidiennes à compenser. Conseils pratiques de prévention de la déshydratation des personnes âgées Les besoins en eau sont importants et, contrairement à une idée reçue, ne diminuent pas avec l'âge. Ils sont évalués à 2,5 litres d'eau totale par 24 heures. La moitié de cette eau nécessaire est fournie par les boissons, l'autre moitié par l'eau de constitution des aliments. Cela signifie que plus les apports alimentaires diminuent, plus les besoins en eau de boisson augmentent. Les apports hydriques permettent de couvrir les pertes normales en eau dans les urines, les selles, la respiration et la perspiration insensible cutanée. Il faut prévoir une augmentation de 300 à 500 ml par jour en cas de fièvre ou de forte chaleur (12- 13). En effet, dans de telles conditions, la sudation est accrue entraînant elle-même une majoration des pertes hydriques. L’exemple le plus marquant est représenté par la canicule de l’été 2003. Pour les personnes âgées valides, les familles et le personnel
soignant doivent surveiller les apports hydriques. Ils doivent
vérifier la concentration et le volume des urines (des urines
sombres sont des urines trop concentrées et témoignent d'apports
insuffisants), rechercher une éventuelle constipation et contrôler
régulièrement le poids.
Les ergothérapeutes, les kinésithérapeutes et les orthophonistes doivent conseiller les patients dans le choix d'ustensiles adaptés (verre avec fond plombé, anses, bec ou pailles) et rééduquer les patients qui ont des difficultés de préhension ou présentent une dysphagie (15). Dans la mesure du possible, il faudra arrêter ou diminuer la posologie des diurétiques, laxatifs, psychotropes responsables ou aggravant la déshydratation. Les personnes âgées fragiles ou malades présentent un risque élevé de déshydratation qui peut avoir des conséquences pathologiques graves. Elles se révèlent de plus particulièrement sensibles aux modifications des conditions climatiques. Le risque peut être prévenu par la surveillance des apports et par un choix de boissons adaptées à l'état et au goût des personnes âgées (17). Les états de déshydratation doivent être dépistés précocement pour permettre une intervention rapide et adaptée.
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