Novembre 2004 HYDRATATION, REIN ET VIEILLISSEMENT
L'équilibre hydrique de l'organisme est directement lié à la balance entre les apports et les pertes en eau. Les apports proviennent de la quantité de liquide ingérée ainsi que de l'eau contenue dans les aliments. Les pertes sont dues à la respiration, la transpiration, l'évaporation cutanée, les selles et l'urine. Toute modification de ces paramètres avec l'âge peut conduire à un déséquilibre qui se traduira par une surcharge hydrique ou une déshydratation. Les apports en eau : La prise de liquide est contrôlée par la soif dont le principal stimulus est l'élévation de l'osmolarité plasmatique. Il semblerait que le seuil de déclenchement de la soif s'élève avec l'âge, et que les besoins en liquide soient en général sous-estimés par l'individu. Cette particularité peut conduire à une déshydratation chronique, qui sera ou non compensée par d'autres systèmes de régulation. Les pertes en eau :
Hydratation, rein et viellissement Le contrôle du volume et de la composition urinaire résulte de l'intégration de plusieurs étapes dont chacune peut être modifiée avec l'âge. La première étape est glomérulaire : Le sang est continuellement filtré par les deux reins à concurrence
de 180 litres par jour en moyenne. L'ultra-filtrat glomérulaire,
ou urine primitive, a une composition en eau et électrolytes analogue
à celle du plasma mais est dépourvue de protéines. Les études transversales mettent en évidence une diminution progressive
de la fonction rénale avec l'âge qui passe de 140 ml/mn/1.73m2
à 20 ans à 80 ml/mn/1.73m2 à 80 ans, mais elles sont
biaisées par un effet " cohorte ". Les études longitudinales mettent
en évidence de grandes variations individuelles. Dans l'étude
de Baltimore la filtration glomérulaire d'individus d'âges différents
a été mesurée à intervalles réguliers durant plus de vingt ans.
L'analyse des résultats montre que les personnes ayant participé
à cette étude se répartissent en trois groupes d'importance égale
: - un premier groupe dont la filtration rénale diminue régulièrement
et de façon marquée dès 40 ans. - un second groupe présentant
une faible diminution de filtration au cours du temps. D'une manière générale, la taille et le poids des reins diminuent avec l'âge, cette diminution se faisant aux dépends du parenchyme qui s'amincit alors que la graisse péri sinusale augmente. Sur les coupes transversales du scanner, les reins ont un aspect en galette. Lorsqu'il s'agit d'éliminer un excès d'eau suite à une surcharge hydrique, une diminution de la filtration glomérulaire avec l'âge peut contribuer à un retard de son excrétion urinaire. Son impact peut aussi être significatif dans le cas d'une déshydratation si la filtration individuelle des néphrons restant est augmentée, accélérant alors le débit tubulaire. La deuxième étape est tubulaire : 70 à 80% de l'urine primitive est réabsorbée le long du tubule proximal. Ce transport d'eau et d'électrolytes se fait grâce à la présence d'aquaporines, ou canaux hydriques, présentes dans les membranes des cellules constituant cette structure tubulaire. Les études expérimentales réalisées chez l'animal montrent que ni l'expression de ces aquaporines, ni la perméabilité à l'eau des membranes cellulaires, ni les flux d'eau transépithéliaux le long du tubule proximal, ne sont altérés au cours du vieillissement. Il est probable que chez l'homme cette réabsorption proximale est proportionnelle à la masse rénale fonctionnelle et à la filtration glomérulaire, sauf dans le cas d'une réduction néphronique sévère ou lors d'atrophie des cellules épithéliales. La concentration de l'urine : La concentration de l'urine dans la partie la plus distale du néphron dépend de deux paramètres principaux : le gradient cortico-papillaire qui s'installe entre le cortex et la médullaire rénale en cas d'anti-diurèse et la perméabilité à l'eau du tubule collecteur, elle-même contrôlée par une hormone neuro-hypophysaire, la vasopressine ou hormone anti-diurétique (ADH). le gradient cortico-papillaire : La création du gradient corticopapillaire s'effectue grâce aux échanges à contre-courant de sodium, de chlore et d'urée entre les deux branches ascendante et descendante de l'anse de Henlé. Au maximum, l'osmolarité de la papille atteint 1200 mosm/l alors que celle du cortex est de 300mosm/l comme dans la circulation générale. La création de ce gradient est indispensable à la réabsorption de l'eau dans le tube collecteur sous l'influence de l'ADH. Les modifications anatomiques des vaisseaux de la médullaire (vasa recta) avec l'âge sont responsables d'un plus faible gradient. Les traitements par diurétiques de l'anse, en diminuant la réabsorption de sodium à l'extrémité supérieure de la branche ascendante de l'anse de Henlé, le perturbent également. C'est dans le tube collecteur que s'effectue la partie la plus importante de la réabsorption de l'eau sous l'effet de l'ADH, en suivant le gradient de concentration cortico-papillaire. La vasopressine ou hormone anti-diurétique : C'est une hormone peptidique synthétisée dans l'hypothalamus, stockée dans la post-hypophyse et libérée dans le circulation sanguine. Elle se lie dans le rein à un récepteur membranaire de type V2 couplé à la voie de signalisation de l'AMPc. La libération de vasopressine dans le sang est provoquée par une élévation de l'osmolarité du milieu intérieur. Inversement, son taux plasmatique est diminué lors d'une surcharge hydrique et une augmentation du volume plasmatique.
Avec l'âge, la capacité maximale de concentration urinaire est
réduite tout comme la capacité à éliminer une surcharge hydrique.
Ceci est mis en évidence lors des épreuves de concentration des
urines : après une diète hydrique de 12 heures, l'osmolarité urinaire
maximale est de 1200 mosm/l chez un sujet jeune, elle n'est plus
que de 800 mosm/l chez le sujet âgé. Les capacités de concentration
de l'urine sont par ailleurs très vite perturbées par la réduction
néphronique. La capacité de dilution des urines est moins perturbée
avec l'âge. Chez un sujet jeune, 80% d'une charge hydrique de
15ml/kg est éliminée dans les 4 heures suivant son ingestion.
Chez les sujets âgés, la charge hydrique est éliminée plus lentement
en 6 à 8 heures.
Cette hypothèse avait été formulée avant même le développement
des dosages plasmatiques de vasopressine par des auteurs qui avaient
montré que l'administration intraveineuse d'extraits hypothalamiques
induisaient une concentration urinaire moindre chez les sujets
âgés que chez des individus plus jeunes. La mise en évidence de ces mécanismes biologiques ne doit pas occulter les très grandes différences individuelles concernant le vieillissement rénal :
L'exposition à des situations extrêmes ou à des périodes de déshydratation chronique peut ainsi être gravement préjudiciable à des personnes âgées, alors que face au même environnement, un sujet jeune saura mieux s'adapter. Couplés à une altération de la sensation de soif, ces troubles de la fonction rénale lié à l'âge doivent conduire à des règles de prudence dans le contrôle des apports hydriques et l'exposition aux situations où les pertes extra-rénales d'eau sont importantes : chaleur excessive, fièvre, troubles digestifs et surtout traitements diurétiques prolongés. Chez les patients ayant des troubles neurologiques comme des séquelles d'accident vasculaire cérébral ou des maladies d'Alzheimer, la perte de la régulation centrale de la sécrétion d'ADH et la perte de la sensation de soif sont responsables de tableaux d'intense déshydratation intra-cellulaire avec hypernatrémie.
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