 |
Novembre 2004
LE ZINC EN NUTRITION
Pr Géraud Lasfargues
Centre de Pédiatrie Edmond-Lesne
Hôpital Trousseau, Paris
Le rôle des oligo-éléments apparaît de plus en plus en plus essentiel,
en particulier celui du zinc. Il est indispensable aux organes
vitaux chez l'homme et l'animal. En effet, le zinc est au centre
de nombreux métabolismes en intervenant dans le fonctionnement
ou la structure de nombreux systèmes enzymatiques protéines (hormones)
et vitamines.
1. Besoins
du zinc
Le zinc est omniprésent dans l'alimentation, où
on le trouve en majeure partie lié aux protéines.
Les données françaises sur la teneur des aliments
en cet oligo-élément sont rares . Le risque de carence
apparaît notable chez les nouveau-nés, et chez le
sujet âgé (principalement la femme) ; enfin, les
besoins sont accrus pendant la grossesse et l'allaitement.
Un syndrome de déficit en zinc suppose l'existence de facteurs
prédisposants. Des mécanismes d'adaptation expliquent
la rareté des carences, cependant si l'apport est insuffisant
certaines fonctions biologiques risquent d'être moins efficaces,
etun déséquilibre peut apparaître en cas de
maladies qui comportent une baisse del’absorption intestinale
(malabsorption, diarrhées prolongées…),une
fuite urinaire du zinc (diabète, néphropathies,
brûlures…) ou après la prise de certains médicaments
agissant sur son métabolisme et entraînant ainsi
une fuite urinaire de celui-ci (antibiotiques, anti-inflammatoires,
anti-épileptiques).
Apports recommandés en zinc
(mg/j)
selon le Nutrition Board Américain (1989) |
| |
Zinc mg |
| Enfant |
| 0 à 0,5 an |
5 |
| 0,5 à 1 an |
5 |
| 1 à 3 ans |
10 |
| 4 à 6 ans |
10 |
| 7 à 10 ans |
10 |
|
Homme
|
| 25-50 ans |
15 |
|
Femmes
|
| 25-50 ans |
12 |
| femme enceinte |
15 |
| femme allaitante < 6 mois |
19 |
| femme allaitante > 6 mois |
16 |
2. Rôle
physiologique
2.1. Le zinc est le cofacteur de plus de 200 enzymes.
Ces enzymes sont actifs dans de très nombreux métabolismes (lipides,
glucides, protéines, acides nucléiques…) et régulent de très nombreuses
fonctions (reproduction de cellules, croissance, activité cérébrale…).
| Apports
en zinc de l'alimentation |
| Viande : |
20 à 60 µg/g |
| ufs, lait : |
3 à 5 µg/g |
| Fruits de mer : |
15 µg/g |
Une baisse de la teneur des cellules en zinc se traduira par une
baisse d'activité des enzymes où le zinc est cofacteur,
un excès de zinc pouvant aussi diminuer l'activité
de ces mêmes enzymes.
2.2 Le zinc est un cofacteur hormonal
Le zinc participe comme cofacteur d'enzymes à la synthèse de molécules
hormonales ; c'est le cas par exemple de la D5-réductase du métabolisme
de la testostérone ou de la D9-désaturase du métabolisme des prostaglandines.
Le zinc peut se lier à de nombreuses hormones peptidiques pour
leur donner une forme active (insuline, thymuline, somatomédine
C).
Il facilite la fixation d'hormones comme la b-HCG sur leur récepteur
hormonal.
Enfin, une découverte récente a permis de comprendre l'action
du zinc sur l'expression des gènes : une structure originale impliquant
le zinc, appelée "doigt de zinc" a été identifiée. Elle interviendrait
de façon active dans la régulation des gènes.
2.3 Le zinc participe à la défense immunitaire de l'organisme
La thymuline ne devient active que si elle est complexée
par du zinc, ce qui induit un changement de structure spatiale
agissant sur la transformation des lymphocytes T. Le zinc permet
aussi la sécrétion d'interleukine 2; cette réaction
s'accompagne d'une profonde diminution du zinc des os et du plasma
alors que sa teneur augmente dans le foie et les cellules immuno-compétentes.
Enfin, le zinc comme tous les anti-oxydants, renforce l'immunité
cellulaire profondément abaissée par le stress oxydant
de par la grande sensibilité des lymphocytes T à
ces radicaux.
2.4 Le zinc participe à la lutte contre un excès de radicaux
libres de l'O², conséquence de la vie aérobie
L'action du zinc à ce niveau est due à la superoxyde dismutase
CuZn qu'il stabilise. Le zinc peut aussi agir directement sur
les réactions non enzymatiques catalysées par le fer comme la
réaction de Fenton produisant le radical hydroxyl. Le zinc inhibe
cette réaction mais empêche aussi l'absorption du fer. Le zinc
diminue aussi la production de radicaux oxygénés par les polynucléaires
et les macrophages et induit la production intracellulaire de
protéines anti-oxydantes (métallothionéines).
2.5 Le zinc, vitamine A et vision
Le zinc intervient dans la mobilisation hépatique de la vitamine
A, dans la structure et le fonctionnement des ions et des bâtonnets
oculaires. Il participe aussi à l'intégrité du nerf optique et
jouerait un rôle dans la vision des couleurs.
3. Métabolisme
du zinc
Le zinc est présent dans tous les organes mais les tissus
musculaires et osseux contiennent 80% du zinc total (±
2,5 g chez l'adulte). Cependant à la naissance, le foie
en contient plus de 25% et les os plus de 40%. La grande majorité
du zinc est intracellulaire (>95%), la concentration
en zinc des liquides extracellulaire est basse. Le plasma en contient
1 µg/ml ; des redistributions relativement minimes du zinc
corporel permettent d'induire d'importantes variations du zinc
plasmatique. Un taux plasmatique de zinc abaissé à
lui seul ne peut permettre d'affirmer une carence en zinc.
Il existe un mécanisme régulateur important de la
concentration tissulaire et plasmatique du zinc : l'équilibre
est maintenu grâce à la modulation de l'absorption
et de l'excrétion gastro-intestinale. Le rein joue
un rôle réduit dans la régulation du métabolisme
du zinc.
4.Indications
d'un apport supplémentaire de zinc
4.1 Chez l'enfant
La croissance de l'enfant est perturbée par tout déficit
en facteur nutritionnel (anorexie mentale, nanismes sociaux…).
La carence en zinc a un effet très marqué (nanisme
hypogonadique en Iran ou en Turquie par trouble de l'absorption
du zinc lié à la géophagie…). De nombreux
travaux expérimentaux chez le rat montrent dans les carences
en zinc une diminution des tubes séminifères du
testicule et la diminution plasmatique du taux d'IGF1. A l'inverse,
une supplémentation en zinc augmente le taux de cette hormone.
Par ailleurs, il existe une interaction entre hormones thyroïdiennes
et zincémie. De nombreuses études ont montré
un effet bénéfique de la supplémentation
en zinc sur la croissance, la concentration de testostérone
et la sécrétion d'hormone de croissance. Des cas
de résistance au traitement par l'hormone de croissance
(produite par génie génétique), chez des
enfants atteints de retard de croissance majeur, ont pu être
levés par un apport supplémentaire de zinc.
Le zinc a pu être prescrit avec un bon résultat sur
la croissance et l’augmentation de l'IGF1 chez des enfants
vietnamiens présentant des retards de croissance. A l'opposé,
certaines études de supplémentation en zinc réalisées
en Israël ont mis en évidence une augmentation du
taux de l'IGF1 mais n'ont pas pu prouver un effet réel
sur la croissance.
Les risques de carence en zinc ne sont pas négligeables
chez le nouveau-né et le petit nourrisson, car le nouveau
né né à terme n'a pas de réserve en
zinc et apparaît très sensible à un apport
insuffisant. Cependant les carences ont surtout été
décrites chez des nourrissons qui bénéficiaient
d'une nutrition parentérale avec une mauvaise supplémentation
en zinc.
Les laits 1er âge et 2ème âge contiennent actuellement
des quantités appropriées de zinc, toutefois, une
supplémentation en zinc doit être prévue dans
les solutions de nutrition parentérale.
4.2 Chez la femme enceinte
Le déficit en zinc serait susceptible d'entraîner
chez la femme enceinte un risque accru d'avortement spontané,
de toxémie gravidique, de prématurité ou
au contraire de post-maturité. Il entraînerait aussi
une prolongation de la durée de l’accouchement et
des saignements.
Des études de supplémentation en zinc par un apport
quotidien de 15 à 60 mg ont montré habituellement
un effet bénéfique. Par ailleurs, il convient d'éviter
des mono-supplémentations en fer ou en folates qui risquent
d'entraîner un déficit en zinc et de recommander
plutôt une poly-supplémentation équilibrée.
4.3 Chez le sujet âgé
Si le sujet âgé à domicile subit une baisse
modérée de son statut biologique en zinc, les sujets
en institution ou les malades hospitalisés ont une réduction
très nette de la zincémie. Or, cet élément
remplit de multiples rôles de protection de l'organisme
et son déficit peut entraîner des troubles de l'immunité
ainsi qu’une anorexie avec perte du goût.
Dans la maladie d'Alzheimer, on retrouve une baisse de la teneur
cérébrale en zinc. Cette constatation est importante,
car sur des modèles cellulaires, le zinc inhibe la production
de radicaux oxygénés induite par la surcharge en
aluminium. Cette production de radicaux oxygénés
est un mécanisme qui a pu être invoqué dans
la genèse de cette maladie. Des apports en zinc présentent
un intérêt chez les sujets âgés à
condition de ne pas dépasser 20 mg/jour en cure de 2 mois.
4.4 Dans les troubles cutanés
Le zinc joue un rôle favorable sur plusieurs mécanismes
de la cicatrisation. La supplémentation en zinc exerce
un effet bénéfique sur la cicatrisation des ulcères
de jambes en particulier du sujet âgé sans doute
à cause de son déficit immunitaire.
La baisse du zinc épidermique du sujet âgé
serait responsable de la sénescence de la peau.
D'autres maladies dermatologiques s’avèrent sensibles
à l'apport de zinc :
- l'herpès,
- l'alopécie,
- la furonculose,
- l'eczéma non ulcérant mais surtout l'acné
inflammatoire.
Une maladie génétique caractérisée
par un trouble de l'absorption du zinc, l'acrodermatite entéropathique,
associe lésions cutanées et atrophie thymique, mais
aussi déficit de l'immunité cellulaire avec diminution
des lymphocytes T.
4.5 En pathologie digestive
De nombreuses publications récentes réalisées
dans les pays en voie de développement en particulier en
Asie et en Amérique du Sud, signalent l'intérêt
de la prise de zinc dans le traitement des diarrhées, notamment
des diarrhées prolongées. L'apport de zinc diminuerait
la gravité et la durée de ces diarrhées.
5. Modalités
de l'utilisation thérapeutique du zinc
L'enrichissement en zinc de la ration alimentaire quotidienne
est possible, mais la supplémentation directe par du zinc
est plus facile car ce minéral est très bien absorbé
à jeun quel que soit le sel administré.
Il existe une augmentation de l'absorption lorsque le zinc est
donné en même temps que du fer ou du cuivre. Il convient
donc d'éviter de donner une mono-thérapie de ces
éléments à doses élevées.
L'apport en zinc chez les sujets de plus de 60 ans, s'il est supérieur
à 30 mg/jour peut entraîner une baisse du HDL cholestérol.
Un risque de dépôt du cholestérol sur la paroi
des artères existe car le LDL cholestérol est inchangé.
Les doses actuellement recommandées sont donc égales
ou inférieures à 30 mg/jour. Il est souvent préférable
de faire une poly-supplémentation équilibrée
associant fer, cuivre, zinc et vitamines.
En alimentation parentérale le besoin quotidien en zinc
est estimé à 2 mg/jour chez les grands enfants et
les adultes, 50 µg/kg/jour chez le jeune enfant, 100 µg/kg/jour
chez le nourrisson de plus de 3 mois, 250 µg/kg/jour chez
les nourrissons de moins de 3 mois et 400 µg/kg/jour chez
les prématurés.
| Zinc
et alimentation parentérale |
| Prématuré |
400 µg/kg/j |
| Nourrisson |
< 3 mois 250 µg/kg/j |
| Nourrisson |
> 3 mois 100 µg/kg/j |
| Jeune enfant |
50 µg/kg/j |
| Grand enfant |
2 mg/jour |
| Adulte |
2 mg/jour |
Pour les laits adaptés la commission des communautés européennes
(14/05/1991) a fixé les recommandations suivantes : 0,5 à 1,5
mg/100 Kcal pour les laits 1er âge et une limite inférieure de
0,5 mg/100 kcal pour les laits 2ème âge.
Pour conclure
Le zinc, oligo-élément préférentiellement
intracellulaire, intervient dans plus de 200 réactions
métaboliques chez l’être humain. Bien que répandu
au sein de l’alimentation. des carences peuvent exister
dans certains types de populations (nouveau-né, femmes
enceintes, vieillard…).
L’absorption de cet oligo-élément étant
favorisée par la prise concomittante de cuivre ou de fer,
une administration thérapeutique de zinc se fera préférentiellement
sous la forme d‘une polysupplémentation équilibrée.
Bibliographie
- Favier A.
Actualités sur la place du Zinc en nutrition.
Rev.Prat 1993, 43, 2 : 146-151.
- Van Caillie-Bertrand M.
Métabolisme des micronutriments
Traité de nutrition pédiatrique édition Maloine 1993, 6 :
177-182.
in Ricour C, Ghisolfi S, Putet G, Goulet O.
- Hershkovitz E, Printzman L, Segey Y, Levy J, Phillip M.
Zinc supplementation increases the level of serum insulin-like
growth factor-l but does not promote growth in infants with
nonorganic failure to thrive.
Horm Res 1999 ; 52 : 200-204.
- Ninh NX, Thissen JP, Collette L, Gerard G, Khoi HH, Ketelsegers
JM.
Zinc supplementation increases growth and circulating insulin-like
growth factor l (IGF1) in growth-retarded Vietnamese children.
Am J Clin Nutr 1996 Apr ; 63 (4) : 514-519.
- Hamdi SA, Nassif Ol, Ardawi MS.
Effect of marginal or severe dietary zinc deficiency on testicular
development and functions of the rat.
Arch Androl 1997 May-Jun ; 38 (3) : 543-253.
- Freake HC, Govoni KE, guda K, Huang C, Zinc SA.
Actions and interactions of thyroid hormone and zinc status
in growing rats.
J Nutr 2001 Apr ; 131 (4) : 1135-41.
- Cha MC, Rojhani A.
Failure of IGF-1 infusion to promote growth in Zn deficient
hypophysectomized rats.
J Trace Elem Med Biol 1998 Nov ; 12 (3) : 141-7.

|