Novembre 2004

EPIDEMIOLOGIE DE LA LITHIASE RENALE
Pr. Paul Jungers,
Professeur émérite à la Faculté de Médecine Necker-Enfants Malades, Paris
Dr. Michel Daudon
Biologiste des Hôpitaux, Service de Biochimie,
Hôpital Necker, Paris

Types chimiques de lithiase
Evolution de la fréquence de la lithiase
Fréquence actuelle de la lithiase rénale
Composition des calculs en fonction du sexe et de l'âge
Facteurs favorisants de la lithiase
Mesures préventives
Pour conclure

Le terme de lithiase rénale désigne la maladie résultant de la formation de calculs dans les reins. La lithiase se révèle, le plus souvent, par une colique néphrétique, douleur très violente qui traduit la migration d'un calcul.

Types chimiques de lithiase

Il existe plusieurs variétés chimiques de calculs rénaux, qui relèvent de mécanismes différents et, par conséquent, impliquent des traitements adaptés.
La forme la plus commune est la lithiase calcique, où les calculs sont faits d'oxalate de calcium ou, moins fréquemment, de phosphate de calcium : elle représente près de 85% des cas en France (figure 1). La seconde en fréquence est la lithiase urique, qui compte pour 10% des cas. La lithiase de phosphate ammoniacomagnésien (PAM), ou lithiase d'infection, compte aujourd'hui pour moins de 3% des cas. Les autres variétés de lithiase, souvent héréditaires comme la cystinurie, sont beaucoup plus rares.


Figure 1

Evolution de la fréquence de la lithiase

A savoir

La fréquence de la lithiase rénale a considérablement augmenté dans tous les pays industrialisés au cours des 4 dernières décennies, en parallèle à l'élévation généralisée du niveau de vie. La lithiase rénale est aujourd'hui 3 à 4 fois plus fréquente qu'avant la seconde guerre mondiale.

L'accroissement de fréquence ded la lithiase est dû exclusivement à l'expansion de la lithiase oxalocalcique, alors que la fréquence des autres types de calculs est restée stable ou a même régressé, comme cela est le cas de la lithiase d'infection, grâce au progrès de la détection et du traitement des infections urinaires. Cette évolution s'est poursuivie au cours des 25 dernières années (figure 2).


Figure 2

Fréquence actuelle de la lithiase rénale

Dans tous les pays européens, la lithiase rénale touche une proportion élevée de la population. A l'âge de 40 à 50 ans, près de 10% des sujets interrogés disent avoir déjà souffert d'une ou plusieurs crises de coliques néphrétiques.

La fréquence actuelle de la lithiase en France est connue grâce à l'étude SU.VI.MAX. Cette étude épidémiologique, conduite sous la direction du Professeur Hercberg, était destinée à évaluer l'influence de l'alimentation et d'une supplémentation en vitamines et en oligo-éléments antioxydants sur l'incidence des maladies cardiovasculaires et des cancers. Cette enquête prospective, qui a inclus sur plus de 14000 sujets volontaires des deux sexes, âgés de 40 à 60 ans, comportait une enquête satellite sur les antécédents de lithiase urinaire, identifiés par une question simple: " Avez-vous eu des coliques néphrétiques (calculs rénaux)?".
Sur les 13825 sujets âgés de 40 à 60 ans ayant répondu à ce questionnaire, 9,8% avaient des antécédents de coliques néphrétiques (13,6% des hommes et 7,6% des femmes).

A savoir

Sur les bases de l'étude SU.VI.MAX, on peut estimer que près de 3 millions de nos compatriotes ont été ou seront atteints de calculs rénaux à un moment ou à un autre de leur vie.

Composition des calculs en fonction du sexe et de l'âge

La fréquence relative des différents types de calculs varie selon l'âge et le sexe. La répartition des calculs en France, considérée selon leur composant majoritaire, est connue grâce à l'expérience du Laboratoire Cristal, qui a analysé plus de 40000 calculs par examen morphologique associé à la spectrophotométrie infrarouge. L'oxalate de calcium, plus fréquent chez l'homme que chez la femme, à l'inverse du phosphate de calcium, a un pic de fréquence entre 40 et 60 ans dans les deux sexes (figures 3 et 4).


Figure 3


Figure 4

La fréquence de l'acide urique est faible jusqu'à l'âge de 60 ans, mais elle augmente très nettement au-delà de cet âge, tout en restant constamment 2 fois plus élevée chez l'homme que chez la femme. Les calculs de PAM, qui caractérisent la lithiase d'infection, sont 3 fois plus fréquents chez la femme que chez l'homme, et s'observent surtout aux âges extrêmes de la vie.

Facteurs favorisants de la lithiase

L'augmentation explosive de la fréquence de la lithiase d'oxalate de calcium en quelques décennies ne peut s'expliquer par une modification des facteurs génétiques. Elle suggère, en revanche, le rôle majeur de la modification des facteurs d'environnement, notamment des facteurs nutritionnels.
Il est frappant de constater que l'évolution des habitudes alimentaires et, tout particulièrement, l'augmentation de la consommation de protéines animales, coïncide avec l'augmentation de la fréquence de la lithiase oxalocalcique dans les pays industrialisés. Notre consommation actuelle de protéines carnées est 5 fois supérieure à ce qu'elle était au début du siècle dernier. Notre consommation de sel s'est accrue en parallèle. En revanche, la consommation de légumes, de fruits et de fibres, ainsi que de produits laitiers est plus faible, et le volume des boissons souvent insuffisant. Ces habitudes alimentaires récentes favorisent la formation des calculs oxalocalciques (tableau 1).

A savoir

les principaux facteurs favorisants d'origine nutritionnelle :

Facteurs
favorisants
Conséquences
Volume de boissons insuffisant entraîne un défaut de dilution des urines
Apport calcique insuffisant,
< 600 mg/jour
favorise l'absorption intestinale de l'oxalate et la déminéralisation des os
Apport calcique excessif,
> 1200 mg/jour
augmente l'absorption intestinale du calcium et le calcium urinaire
Apport élevé en protéines animales (viande, poissons, volaille, gibier, charcuterie, abats) augmente le calcium et l'oxalate urinaire
Apport élevé en sel augmente le calcium urinaire
Consommation d'aliments riches en oxalate (épinards, oseille, rhubarbe et, surtout, chocolat) augmente l'oxalate urinaire

Mesures préventives

Les mesures destinées à prévenir la formation ou la récidive des calculs rénaux sont simples et aisées à respecter. Dans tous les cas, la mesure fondamentale est de consommer chaque jour une quantité importante de boissons, de manière à diluer les urines. La quantité de boissons doit être telle qu'elle assure un volume d'urines d'au moins 2 litres par 24 heures chez tous les lithiasiques. Le choix de l’eau est fait en fonction du type de lithiase ; pour la lithiase calcique, par exemple, une eau faiblement minéralisée, type EVIAN, est adaptée.

Pour conclure

L’épidémiologie de la lithiase rénale reflète les facteurs de risque : non dilution des urines, apport calcique inadapté, consommation excessive de protéines animales, de sel et d’aliments riches en oxalate… En dehors des lithiases particulières qui demandent un traitement spécifique, la prévention de la lithiase calcique, la plus communément observée, repose sur un réajustement des habitudes alimentaires selon les principes rappelés ci-dessous.

  • Boissons en quantité suffisante et bien réparties sur l'ensemble du nycthémère pour obtenir une diurèse > 2 litres/24h
  • Apport équilibrés en calcium : 800 à 1000 mg/jour
  • Limitation des aliments riches en oxalate (chocolat, épinards)
  • Modération de l'apport en protéines animales (environ 150 g de viande, poisson ou volaille par jour)
  • Modération de la consommation de sel (ne pas resaler à table)

Il est à noter que ces recommandations concourent, simultanément, à réduire le risque d'hypertension artérielle et de maladies cardiovasculaires.