HYDRATATION ET SPORT DE COMPETITION
CHEZ L’ENFANT
Professeur Jean-François DUHAMEL
Service de Pédiatrie et Institut Régional de Médecine
du Sport
CHU CAEN 14000 - France
Tous les médecins connaissent la composition corporelle
des enfants et adolescents et la place prédominante
de l’eau qui représente en moyenne 60 % de la masse
de l’organisme ; cette valeur est plus faible dans le
sexe féminin et chez les sujets en excès de poids,
la masse grasse étant pauvre en eau ; elle est plus élevée,
au contraire, chez le sujet maigre (1).
Tous les médecins connaissent aussi la répartition
inégale de l’eau, 40 % dans le secteur intra-cellulaire
et 20 % dans le secteur extra-cellulaire dont 16 % dans le secteur
interstitiel et 4 % dans le secteur plasmatique. Ces deux secteurs
ont une osmolarité équivalente de 285 mosml/l mais
une composition en protéines et en électrolytes
très différente, une concentration élevée
de sodium et de chlore dans le secteur extra-cellulaire, une concentration
élevée de protéines et de potassium dans
le secteur intra-cellulaire (2 - Tableau I).
Il existe des mouvements d’eau entre les différents
secteurs ; ces mouvements sont générés par
les différences de pressions osmotiques entre les compartiments
intra et extra-cellulaires ; au sein du secteur extra-cellulaire,
l’eau se déplace du plasma vers le secteur interstitiel
dans le segment artériel des capillaires, puis du secteur
interstitiel vers le plasma au niveau du secteur veineux des capillaires. Pour le bon équilibre de l’organisme, il est souhaitable
que la composition en eau et en électrolytes des deux secteurs
intra-cellulaire et extra-cellulaire reste stable ; le maintien
de cet équilibre est assuré par une adéquation
entre les entrées : eau de boisson, eau de l’alimentation
et synthèse endogène liée à l’oxydation
des nutriments soit environ 50ml/kg/jour et les sorties par voie
respiratoire 200 à 400ml, cutanée 400 à 500ml,
fécale 100 à 200ml et par voie urinaire dont le
volume par 24 H est adapté au niveau des éliminations
précédentes et à celui des apports liquidiens
(3).
Rappelons aussi que les entrées de liquides dans l’organisme
sont pour une part dépendantes de la sensation de soif,
elle-même déclenchée
par une élévation de l’osmolarité
du milieu intra-cellulaire détectée par des
osmorécepteurs localisés dans l’aire pré-optique
latérale de l’hypothalamus
par une réduction de la volémie et de la pression
artérielle alarmes intéressant ici le secteur
extra-cellulaire à l’origine également
d’une sécrétion d’angiotensine II
qui stimule à son tour la production surrénalienne
d’aldostérone donc la réabsorption tubulaire
rénale d’eau et de sodium (1).
Il est important de souligner que le mécanisme de la soif
n’intervient que dans les situations de déplétion
hydrique quand le seuil osmotique atteint 300 mosml/kg d’eau
et que la natrémie avoisine 145 mmol/l. Il s’agit
donc d’une régulation décalée par rapport
à l’équilibre hydro-électrolytique
physiologique.
A cette régulation des entrées d’eau, s’ajoute
une régulation des sorties rénales de l’eau.
Celle-ci est sous le contrôle de l’hormone antidiurétique
ADH dont le principal stimulus est l’augmentation de l’osmolarité
efficace plasmatique, reconnue à partir d’osmorécepteurs
hypothalamiques.
Selon le niveau de l’osmolarité, cette sécrétion
d’ADH peut être déclenchée quand l’osmolarité
plasmatique atteint 300 mosml/kg d’eau ou annulée
quand l’osmolarité est réduite à 280
mosml/kg d’eau (3).
Activité
physique intense, compétitions et équilibre hydrique
Le sport occupe chez l’enfant une part importante des loisirs.
Parmi les 14 millions de licenciés sportifs que compte
notre pays, 50 % ont moins de 18 ans et parmi eux, un grand nombre
participe à des compétitions. Si les deux sports
les plus pratiqués en France sont le football et le tennis,
les enfants sont, selon les périodes attirés par
beaucoup d’autres sports dont les pratiques sont toutes
différentes ; tous ont en commun une augmentation de l’exercice
musculaire. Les conséquences de cette activité sur
l’équilibre hydrique comme d’ailleurs sur les
dépenses énergétiques, sont différentes
en fonction de l’âge, du sexe, du niveau des athlètes,
de la durée et de l’intensité de leur activité
physique mais aussi de l’environnement : température
extérieure, humidité de l’air, vent, altitude,
activité en salle ou en plein air (4).
A ces données mécaniques et environnementales, s’ajoutent
pour les pertes en eau des caractères personnels pour ce
qui concerne le débit sudoral.
a. Conséquences sur les
pertes en eau de l’activité physique
L’activité physique, à partir des paramètres
déjà évoqués, majore les pertes en
eau par voie cutanée et respiratoire :
les pertes cutanées sont les plus importantes
; elles représentent 70 à 80% du total.
L’activité physique entraîne une élévation
de la température interne qui peut atteindre à
l’extrême 39 ou 40°. La transpiration, l’évaporation
de la sueur sont des mécanismes essentiels de l’élimination
de la chaleur ainsi produite donc du contrôle de la
température de l’organisme. Des pertes minérales
sodium, potassium, calcium, magnésium et en oligo-éléments,
fer, zinc, cuivre accompagnent la perte d’eau et devraient
être prises en compte dans les recommandations aux athlètes.
Il est à noter que si le débit sudoral est variable
selon les sujets, l’entraînement permet des
adaptations des pertes qui peuvent ainsi se réduire
de 50%. Néanmoins, il faut retenir que ces pertes
en eau sont en moyenne pour un sujet de 50 kg de 1 litre/heure
à l’entraînement et peuvent être
majorées de 50 à 70% lors des compétitions
et dans des conditions climatiques très chaudes - c’est
dire l’importance de ce facteur (4).
la voie respiratoire. Avec l’augmentation
des débits ventilatoires, les éliminations d’eau
par cette voie se majorent, ceci étant aussi modulé
par le niveau de la pression ambiante de la vapeur d’eau.
Ceci peut représenter 60 à 150 ml/heure (5).
pertes urinaires. L’activité physique
majore donc de façon importante les éliminations
d’eau par voie aérienne et cutanée. Dans
cette situation en fonction de la volémie et de l’osmolarité
du milieu intra-cellulaire, des réponses hormonales
vont apparaître sécrétion d’aldostérone
et d’ADH. Leurs conséquences sont une réduction
du débit urinaire.
b. Conséquences des pertes
en eau sur les régulations cardio-vasculaires et la performance
physique
La perte d’eau de l’organisme perturbe les régulations
cardio-vasculaires et thermiques. Au niveau cardio-vasculaire
avec la réduction du volume sanguin, le volume d’éjection
systolique se réduit, obligeant pour maintenir le débit
cardiaque, à une accélération de la fréquence
cardiaque. Bien entendu, les possibilités de compensation
sont limitées, meilleures dans tous les cas chez les sujets
bien entraînés dont le rythme cardiaque au repos
est plus faible. Parallèlement, les capacités de
thermorégulation diminuent en fonction du degré
de déshydratation, avec pour conséquence une élévation
de la température interne du corps. Au-dessus de 2 %
de perte de poids, la qualité de la performance physique
se réduit et au-dessus de 4 % de perte de poids, des accidents
type coup de chaleur avec troubles de la conscience, hypovolémie
et parfois lésions tissulaires peuvent apparaître
(6). La pratique de sports où pour des raisons de catégories
de poids, une diminution des apports liquidiens peut précéder
la compétition, par exemple les sports de combat, augmente
les risques de telles évolutions
Prévention
des risques de déshydratation
Cette prévention commence à l’entraînement.
L’entraîneur et le médecin de l’athlète
doivent connaître chaque enfant ou adolescent avec ses particularités
; parmi les éléments importants à mesurer
figure la pesée avant et après l’exercice
en début de saison et sans apport liquidien, ceci informe
sur le niveau des pertes d’eau à l’effort
donc sur celui du volume liquidien à proposer par heure
d’exercice pour prévenir la perte liquidienne.
Deuxième notion importante, rappeler aux enfants et à
leur entraîneur que la soif est un mauvais indicateur de
l’état d’hydratation corporelle.
Troisième notion, les pertes d’eau augmentent avec
la température extérieure, son degré d’humidité,
la durée et l’intensité des efforts.
Quatrième notion : être particulièrement vigilant
pour les enfants appartenant aux Fédérations où
il existe des catégories de poids.
Dans ces conditions, pour les enfants pratiquant le sport en compétition,
les règles concernant leur hydratation sont essentielles
:
L'hydratation doit précéder l’effort,
se poursuivre pendant et après l’effort et
ceci répétons-le en fonction de chaque enfant
et de chaque environnement sur la base de 10 à 20ml/kg/heure.
L'hydratation doit être fractionnée, 50, 100
ou 150ml toutes les 5 ou 10 minutes. Ceci est facile dans
des sports comme le basket ou le tennis où il existe
des arrêts de jeux, plus difficile dans des sports comme
le football ou le rugby.
Le choix et la composition des boissons est un autre élément
essentiel : il découle de trois objectifs complémentaires
: maintenir la composition corporelle, limiter l’hyperthermie,
limiter en complément la réduction des réserves
glycogéniques.
La boisson doit être fraîche 6 à 8°,
iso ou hypo-osmotique. Elle doit apporter des glucides,
fructose, glucose, saccharose, dextrine-maltose à la concentration
de 40 à 100g/litre (4). Elle doit être bien
tolérée par l’enfant.
La présence de minéraux dans la boisson appelle
plusieurs commentaires ; celle-ci d’abord n’est justifiée
que pour compenser des pertes minérales importantes et
dont le déficit est immédiatement préjudiciable.
A cet égard, seul le sodium pose problème. Celui-ci
est inutile pour les efforts courts de moins d’une heure,
en climat tempéré ; il est au contraire nécessaire
pour des efforts de plusieurs heures en température chaude
et humide, situations rares dans notre pays.
Dans ces conditions, il faut s’assurer que chaque enfant,
pour les entraînements comme pour les compétitions,
dispose d’une boisson appropriée. En règle
générale et sauf situation exceptionnelle, une boisson
type eau d’Evian complétée avec des
glucides est une très bonne solution.
Pour conclure
L’hydratation correcte des enfants pratiquant le sport en
compétition est indispensable. Elle doit être d’une
part personnalisée et d’autre part, doit s’adapter
à chaque sport et à chaque environnement. Cette
démarche s’intègre dans le cadre beaucoup
plus vaste de l’ensemble des conseils nutritionnels à
apporter aux enfants sportifs (7). Elle participe à la
bonne qualité des performances obtenues, à la réduction
des risques de contre-performance et de lésions musculaires
ou ligamentaires, et plus généralement à
l’épanouissement de l’enfant dans l’activité
physique qu’il a choisi.
Bibliographie
LACOUR B, DRÜEKE TB.
Eau et boissons. In : AFSSA, CNERNA-CNRS eds. Apports nutritionnels
conseillés pour la population française. 3ème
ed. Londres-Paris-New York. Tec Doc ed : 2001 : 109- 117
BEAUFRÉRE B, BRIEND A, GHISOLFI J, GOULET O, PUTET
G, RIEU D et al.
Nourrissons enfants et adolescents. In : AFSSA CNERNA-CNRS
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Tec Doc ed : 2001 : 255-291
GUILLAND JC, MARGARITIS I, MELIN B, PÉRÉS G,
RICHALET JP, SABATIER PP.
Sportifs et sujets à activité physique intense.
In : AFSSA, CNERNA CNRS eds. Apports nutritionnels conseillés
pour la population française. 3ème ed. Londres-Paris-
New York. Tec Doc ed : 2001 : 337-394
MELIN B.
Déshydratation : Réhydratation et exercice musculaire
en ambiance chaude. Effets sur la performance physique, les
régulations cardio-vasculaire et thermique, le métabolisme
hydrominéral et son contrôle hormonal. Thèse
de Doctorat ; Université Claude Bernard -Lyon I
CURE M.
De l’hyperthermie maligne au coup de chaleur. Apports
de la physiopathologie moderne. Méd Armées 1987
; 15 : 379-382.
DUHAMEL JF.
Prise en charge nutritionnelle des enfants sportifs de haut
niveau.
Bull Acad Natle Méd 2 001 ; 185 : 1495-1505.