HYDRATATION DE L'ENFANT ET VACANCES
Professeur Jean-François DUHAMEL


Répartition de l'eau dans l'organisme
Recommandations de compléments en eau pendant la période des vacances
Apports complémentaires en eau au cours des périodes estivales
Quelles règles peut-on proposer ?
Conclusion
Bibliographie

La période des vacances et plus particulièrement celle de l'été entraîne pour les enfants de grandes modifications de leur rythme de vie et pour une grande partie d'entre eux, des modifications de leur environnement climatique et de leurs activités. En juillet et août, les enfants sont confrontés à des déplacements, vers des plages ou la montagne, à une exposition renforcée au soleil mais aussi à une majoration importante de l'activité physique. Chacun de ces paramètres, climat, chaleur, activité renforcée, est à l'origine de pertes liquidiennes complémentaires et doit conduire à des recommandations. Dans cette mise au point, nous ferons d'abord un rappel de la répartition de l'eau dans l'organisme et de ses régulations puis nous proposerons quelques recommandations aux enfants et à leurs familles pour compenser les pertes hydriques liées à cette période estivale et à cette modification du rythme de vie.

Répartition de l'eau dans l'organisme

La composition corporelle en eau et sa répartition se rapproche après les premières années de vie de celle des adultes. Elle représente chez les enfants et adolescents 60 % de la masse de l'organisme : cette valeur est plus faible dans le sexe féminin et chez les sujets en excès de poids, la masse grasse étant pauvre en eau ; elle est plus élevée, au contraire, chez le sujet maigre (1).
Tous les médecins connaissent aussi la répartition inégale de l'eau entre le secteur intra-cellulaire 40 % et le secteur extra-cellulaire 20 % dont 16 % dans le secteur interstitiel et 4 % dans le secteur plasmatique. Ces deux secteurs ont une osmolarité équivalente de 285 mosml/l mais une composition en protéines et en électrolytes très différente, une concentration élevée de sodium et de chlore dans le secteur extra-cellulaire, une concentration élevée de protéines et de potassium dans le secteur intra-cellulaire (2).
Il existe des mouvements d'eau entre les différents secteurs ; ces mouvements sont générés par les différences de pressions osmotiques entre les compartiments intra et extra-cellulaires ; au sein du secteur extra-cellulaire, l'eau se déplace du plasma vers le secteur interstitiel dans le segment artériel des capillaires, puis du secteur interstitiel vers le plasma au niveau du secteur veineux des capillaires.
Pour le bon équilibre de l'organisme, il est souhaitable que la composition en eau et en électrolytes des deux secteurs intra-cellulaire et extra-cellulaire reste stable ; le maintien de cet équilibre est assuré par une adéquation entre les entrées : eau de boisson, eau de l'alimentation et synthèse endogène liée à l'oxydation des nutriments soit environ 50ml/kg/jour et les sorties par voie respiratoire 200 à 400ml, cutanée 400 à 500ml, fécale 100 à 200ml et par voie urinaire dont le volume par 24 H est adapté au niveau des éliminations précédentes et à celui des apports liquidiens (3).
Rappelons aussi que les entrées de liquides dans l'organisme sont pour une part dépendantes de la sensation de soif, elle-même déclenchée par une élévation de l'osmolarité du milieu intra-cellulaire détectée par des osmorécepteurs localisés dans l'aire pré-optique latérale de l'hypothalamus ou par une réduction de la volémie et de la pression artérielle alarmes intéressant ici le secteur extra-cellulaire à l'origine également d'une sécrétion d'angiotensine II qui stimule à son tour la production surrénalienne d'aldostérone donc la réabsorption tubulaire rénale d'eau et de sodium (1).Il est important de souligner que le mécanisme de la soif n'intervient que dans les situations de déplétion hydrique quand le seuil osmotique atteint 300 mosml/kg d'eau et que la natrémie avoisine 145 mmol/l. Il s'agit donc d'une régulation décalée par rapport à l'équilibre hydro-électrolytique physiologique.
A cette régulation des entrées d'eau, s'ajoute une régulation des sorties rénales de l'eau. Celle-ci est sous le contrôle de l'hormone antidiurétique ADH dont le principal stimulus est l'augmentation de l'osmolarité efficace plasmatique, reconnue à partir d'osmorécepteurs hypothalamiques. Selon le niveau de l'osmolarité, la sécrétion d'ADH peut être déclenchée quand l'osmolarité plasmatique atteint 300 mosml/kg d'eau ou annulée quand l'osmolarité est réduite à 280 mosml/kg d'eau.



Recommandations de compléments en eau pendant la période des vacances


La chaleur, le soleil, les activités physiques organisées pendant les vacances ont en commun de majorer les pertes d'eau de l'organisme.
  • L'activité physique, promenades, natation, sport, danse et occupations quotidiennes au cours des périodes de vacances, majore les pertes d'eau par voie cutanée et respiratoire.
  • Les pertes cutanées sont les plus importantes ; l'effort physique entraîne une élévation de la température centrale de l'organisme. La transpiration, l'évaporation de la sueur participent de façon essentielle à l'élimination de la chaleur produite et donc au contrôle de la température. A ces pertes liquidiennes, vont s'ajouter par la même voie de transpiration des pertes minérales, sodium et calcium et oligo-éléments : fer, zinc et cuivre. Si les pertes d'eau par transpiration sont variables d'un sujet à l'autre, on peut retenir qu'elles représentent en moyenne 1 litre par heure d'activité pour un enfant de 50 kg. Des conditions climatiques très chaudes ou une activité intense peuvent majorer cette valeur.
  • La voie respiratoire est une autre voie d'élimination hydrique ; elle peut représenter 60 à 100ml/heure.


L'augmentation de ces éliminations de l'eau est susceptible en fonction de leur niveau de s'accompagner, nous l'avons déjà vu, d'une élévation thermique mais aussi et parallèlement d'une accélération du rythme cardiaque ; elle peut conduire à une déshydratation dans des situations extrêmes et en l'absence de mesures pourtant simples de prévention.


Apports complémentaires en eau au cours des périodes estivales


Le principe en est simple, il faut s'efforcer, par des apports liquidiens complémentaires, de maintenir au mieux le volume et la répartition des secteurs liquidiens intra et extra-cellulaires en tenant compte de l'environnement chaleur, degré d'humidité, altitude, de l'importance de l'activité physique voire simplement d'une exposition prolongée au soleil.


Quelles règles peut-on proposer ?

  • La première d'entre elles, la plus essentielle aussi, est d'accompagner tout effort physique d'une consommation d'eau : 50 à 100ml toutes les 10 à 15 minutes, d'une boisson fraîche 8 à 10° dont l'osmolarité est limitée à 300 mmol/l pour faciliter son absorption intestinale.

  • Le choix de la boisson est donc important et il faut écarter, pour des raisons d'osmolarité, les jus de fruits ou le cola, et retenir qu'une eau minérale fraîche est la meilleure proposition. Chaque enfant donc devrait avoir avec lui une bouteille de 500ml ou 1 litre et respecter cette règle de prise régulière et fractionnée. Dans la majorité des cas, l'adjonction des minéraux n'est pas indispensable - ce qui amène à recommander une eau type Evian ou Volvic.


  • A ces règles d'hydratation particulièrement utiles pendant et après les efforts physiques viennent s'ajouter des mesures de bon sens. Celles-ci intéressent les expositions solaires à limiter dans leur durée, particulièrement pour les régions chaudes mais aussi le choix de vêtements adaptés aux conditions d'environnement.


Il s'agit donc au total de mesures très simples mais aussi très importantes que les enfants, leurs parents ou que les animateurs ou responsables de groupes d'enfants devraient parfaitement connaître et appliquer.
Il faut y ajouter des règles d'hygiène aisément compréhensibles.
Il est préférable en effet que chaque enfant dispose de sa bouteille et évite d'utiliser une bouteille commune, situation pourtant fréquente en communauté. Il faut éviter , toujours pour des règles d'hygiène, la consommation d'une boisson d'origine indéterminée : fontaines, sources, voire eau de rivière.



CONCLUSION

Des mesures simples, aisément applicables et peu coûteuses, participent au bien être des enfants pendant les périodes de vacances. Une bonne hydratation, des tenues adaptées, une limite à l'exposition solaire prolongée entre 11 H et 15 H, sont autant de mesures que les parents doivent connaître et faire appliquer, pour protéger les enfants et leur permettre de s'épanouir dans cette longue période de repos estival.



BIBLIOGRAPHIE


1- LACOUR B, DRÜEKE TB
Eau et boissons. In : AFSSA, CNERNA-CNRS eds. Apports nutritionnels conseillés pour la population française.
3ème ed. Londres-Paris-New York. Tec Doc ed : 2001 : 109-117.

2- ECKART P, VERINE C, READ MH, DUHAMEL JF.
Besoins en eau chez l'enfant sportif
J Pédiatr Puér 1995 ; 8 : 465-9.

3- BEAUFRÉRE B, BRIEND A, GHISOLFI J, GOULET O, PUTET G, RIEU D et al.
Nourrissons enfants et adolescents. In : AFSSA CNERNA-CNRS eds. Apports nutritionnels conseillés pour la population française.
3ème ed. Londres-Paris-New York. Tec Doc ed : 2001 : 255-291.

Mots clés : hydratation, enfants, apports et besoins, sports / activité physique, boissons