EAU DE BOISSION, FONCTION CARDIOCIRCULATOIRE ET VASOPRESSINE Marc THIBONNIER, M.D., M.Sc. Professor of Medicine and Pharmacology * Membre du Conseil Scientifique du Centre EVIAN Pour l'Eau Le maintien des compartiments hydriques de l'organisme humain est une fonction vitale qui a retenu l'attention du corps médical depuis toujours. Claude Bernard lui-même notait que "la constance du milieu intérieur est la condition d'une existence libre et indépendante". La balance hydrominérale requiert une alimentation équilibrée, des fonctions cardiaque, hépatique et rénale normales et l'intervention de nombreux systèmes hormonaux (catécholamines, système rénine-angiotensine-aldostérone, vasopressine, endothéline, facteur atrial natriurétique, prostaglandines, oxyde d'azote) modulant les mouvements de l'eau et des ions. Le présent article examine le rôle de la vasopressine ou hormone antidiurétique notamment dans la régulation du milieu hydrique intérieur et de la pression artérielle. Egalement sera discuté le rôle des apports hydriques dans l'établissement d'une bonne hygiène de vie. * Division of Clinical and Molecular Endocrinology. Department of Medicine, University Hospitals of Cleveland and Case Western Reserve University School of Medicine, 10900 Euclid Avenue, Cleveland, Ohio, 44106-4951 La principale action de l'hormone antidiurétique ou vasopressine (AVP) est d'agir au niveau du segment distal du néphron pour augmenter la réabsorption de l'eau libre en situation de déshydratation (1). La sécrétion d'AVP est contrôlée de façon étroite par des facteurs osmotiques, volumétriques et neuro-végétatifs. L'osmorégulation de la sécrétion d'AVP est très sensible, une variation de 1% de l'osmolalité plasmatique modifie le volume urinaire de façon dramatique. Ainsi, l'élévation de l'osmolalité plasmatique déclenche la sensation de soif et la libération d'AVP conduisant à la réabsorption rénale d'eau libre. A l'inverse, toute baisse de l'osmolalité plasmatique produit une sensation de satiété pour l'eau et l'inhibition de la sécrétion d'AVP, d'où l'excrétion d'une urine abondante et hypotonique. Par exemple, l'ingestion d'eau (charge hydrique de 15 à 20 ml/kg) produira l'élimination d'une urine diluée afin de maintenir la constance osmotique de l'organisme. La régulation hémodynamique de la sécrétion d'AVP est moins sensible que l'osmorégulation, des variations de la pression artérielle et du volume sanguin circulant de l'ordre de 10% étant requis pour altérer la sécrétion d'AVP. L'AVP exerce également un effet vasoconstricteur au niveau de tous les territoires vasculaires : artères, veines et capillaires, d'où son nom de vasopressine. L'AVP active des récepteurs membranaires heptahélicaux, couplés à des protéines GTP dépendantes et plusieurs effecteurs intracellulaires. L'étude pharmacologique et celle de la signalisation intracellulaire des récepteurs de l'AVP dans différents tissus ont permis de distinguer trois sous-types de récepteurs membranaires : V1-vasculaire, V2-rénal, V1b ou V3-pituitaire (2). Le récepteur V2-rénal est spécifiquement couplé à une protéine G de la sous famille Gs, qui active l'adenyl cyclase et la production d'AMP cyclique (3). Il en résulte l'agrégation membranaire des canaux hydriques ou aquaporines 2 permettant la réabsorption d'eau libre au niveau du néphron distal (4). De multiples publications ont précisé le profil hémodynamique particulier de l'AVP. Au niveau de vaisseaux isolés, l'AVP est un vasoconstricteur puissant, en particulier au niveau des territoires cutanés, musculaires périphériques et splanchnique (5). Cependant dans l'organisme intact, l'effet vasoconstricteur de l'AVP ne s'accompagne pas d'une élévation tensionnelle soutenue dans des conditions normales en raison d'une baisse majeure du pouls, du débit cardiaque et de la réactivité vasculaire périphérique par inhibition du système sympathique, d'une inhibition du système rénine-angiotensine-aldostérone, d'une fuite sodée et d'une réduction du nombre et/ou de la sensibilité des récepteurs V1-vasculaires (6). Si l'un des mécanismes contre-régulateurs cités plus haut est perturbé, alors l'effet vasoconstricteur de l'AVP s'accompagne d'une é1évation tensionnelle significative et durable. Chaque fois que le volume sanguin efficace est menacé (par exemple, insuffisance surrénale, hémorragie, déshydratation, intervention chirurgicale), la sécrétion d'AVP est stimulée pour maintenir la pression artérielle et le volume sanguin par l'intermédiaire respectif d'une vasoconstriction intense et d'une antidiurèse. En ce qui concerne le rôle joué par l'AVP dans l'hypertension artérielle proprement dite, plusieurs travaux utilisant des antagonistes spécifiques de l'AVP montrent clairement que l'AVP participe à l'élévation tensionnelle de plusieurs modèles expérimentaux d'hypertension artérielle tels que l'hypertension induite par la désoxycorticostérone et le sel, l'hypertension réno-vasculaire à 2 reins-1 clip, le rat spontanément hypertendu et le rat sodium sensible de Dahl recevant un régime sodé (7) (8) (9) (10). L'effet antihypertenseur est plus marqué chez les animaux mâles comparés aux animaux femelles (11). Chez l'homme hypertendu, les données sur l'AVP sont très limitées. Nous avons rapporté une é1évation significative de l'AVP urinaire et plasmatique chez des hypertendus sévères (12). D'autres ont confirmé cette notion. L'exploration de l'AVP plasmatique par Cowley et coll. chez 80 sujets normaux, 40 patients avec hypertension labile et 96 hypertendus essentiels non traités a montré que les taux d'AVP sont plus élevés chez les hypertendus et qu'il existe une relation positive significative entre les taux d'AVP plasmatique et les pressions artérielles systolique et diastolique (13). Les taux d'AVP ont été trouvés plus élevés chez des hypertendus à rénine basse que chez des hypertendus à rénine normale et chez des sujets normotendus. Dans l'hypertension humaine légère à modérée, l'administration d'un antagoniste peptide V1-vasculaire ne modifie pas la pression artérielle, la fréquence cardiaque ou les taux plasmatiques de rénine et catécholamines (14). Une baisse modeste de la pression artérielle lors de l'injection d'un antagoniste V1-vasculaire spécifique de l'AVP a été observée chez l'insuffisant rénal hypertendu (15). Seule la mise au point d'antagonistes spécifiques et actifs par vole orale permettra de trancher le débat quant à l'implication directe de l'AVP dans l'hypertension artérielle humaine. Dans l'insuffisance cardiaque humaine, l'AVP circulante est élevée seulement dans les formes sévères en association avec une réduction de l'osmolalité plasmatique, suggérant une libération non osmotique d'AVP. Dans l'étude SOLVD explorant des patients ayant une fraction d'éjection ventriculaire gauche inférieure à 35%, les taux d'AVP plasmatique sont élevés en fonction du degré de sévérité de la maladie. L'apparition d'antagonistes non peptidiques qui bloquent spécifiquement les récepteurs vasopressinergiques devrait conduire au développement d'une nouvelle classe thérapeutique dont les indications comprennent l'insuffisance cardiaque congestive, l'augmentation des résistances artérielles périphériques comme dans l'hypertension artérielle, le syndrome de sécrétion inappropriée d'ADH, les rétentions hydriques de la cirrhose (16). Le mode de vie occidental est caractérisé par un excès de maladies cardiovasculaires et métaboliques résultant de l'interaction de l'environnement et de facteurs génétiques. Afin de réduire l'incidence et la prévalence de ces maladies, de nombreux organismes de santé ont publié des recommandations à propos d'une bonne hygiène de vie. Il est conseillé de maintenir un poids corporel raisonnable (moins de 26 kg/m2 = poids/taille2 ; index de masse corporelle = poids/taille2 <26) poursuivre une activité physique régulière, d'arrêter de fumer, et de boire des boissons alcoolisées et aussi sucrées avec modération. Les apports caloriques doivent être répartis entre glucides (50%), protéines (20%), et lipides (30%) en évitant les graisses saturées. Les apports en sel devraient être limités à 3 grammes par jour. En ce qui concerne les boissons, les effets néfastes d'excès d'alcool et de café sur la santé ont été démontrés. Par contre, le rôle bénéfique pour la santé d'une consommation quotidienne d'eau dans l'hygiène de vie est de façon surprenante inconnu. Ce manque d'information s'explique en partie par le fait que la consommation d'eau du robinet rendait une quantification difficile. L'utilisation actuelle de plus en plus répandue d'eau en bouteille devrait pouvoir apporter une réponse à cette question importante. En effet, les boissons gazéifiées et sucrées représentent un apport significatif de calories sous forme de sucres simples. Il est certain que la consommation de telles boissons parmi les jeunes explique l'augmentation moyenne de poids observée dans cette tranche de la population. Par exemple, un litre de soda apporte 108 grammes de sucres et 416 calories.
L'examen de ce tableau indique à l'évidence que l'eau représente la boisson de choix lorsque la réduction
des apports de calories, sucres ou graisses est recherchée.
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