ENURÉSIE : INTÉRÊT D'UN CONTRÔLE QUANTITATIF ET QUALITATIF DES BOISSONS Pr Gérard LENOIR Service de Pédiatrie Générale Groupe hospitalier Necker - Enfants Malades - Paris
Introduction L'énurésie a pendant longtemps été considérée comme une maladie psychosomatique, source à la fois de gêne pour l'enfant qui en est atteint et de culpabilité pour sa famille. A la lumière d'investigations récentes sur la fonction vésicale l'énurésie nocturne primaire isolée est plutôt aujourd'hui envisagée comme une anomalie du développement. Le déclenchement de la miction dans l'énurésie est attribué à trois facteurs principaux : le volume vésical, le pouvoir de concentration des urines et l'apport liquidien.
Un certain nombre de mesures visant à réguler les apports et l'excrétion de l'eau permettent dans bien des cas d'en venir à bout.
Elle est donc bien différente de l'énurésie secondaire, qui apparaît après six mois au moins de propreté, est sporadique, volontiers déclenchée par des facteurs environnementaux ou émotionnels. Elle est différente également de la polyurie, qui consiste en une augmentation du volume de la diurèse, qui oblige le sujet sain à se lever la nuit pour uriner.
L'acquisition de la propreté nocturne est un processus de maturation spontanée. Pour qu'un enfant devienne spontanément propre la nuit,
il faut tout d'abord qu'il soit totalement propre le jour, que la maturation de son système nerveux central et périphérique soit normale,
que sa diurèse nocturne soit inférieure à son volume vésical, et qu'il ait atteint un âge qui lui permette d'apprendre la continence d'un
point de vue cognitif (entre 2 et 5 ans). De plus, le volume de sa vessie doit être supérieur au volume vésical pour l'âge, calculé par
la formule de Koff : (âge +2) x 30 ml. (4)
La continence vésicale est liée au volume de la vessie. L'énurésie résulte de l'inadéquation entre le volume des urines et la capacité vésicale.
La notion d'une faible capacité vésicale chez les enfants énurétiques est connue depuis 1949 (2). Le volume
de la vessie augmente progressivement tout au long de la croissance. Il est de 50 ml à l'âge de 1 an, 75
ml à 2 ans, 150 ml à 4 ans, 220 ml à 6 ans. C'est vers l'âge de 4 à 5 ans que le volume vésical dépasse
le volume calculé par la formule de Koff. (3)
Chez le petit enfant, le volume de la diurèse nocturne est supérieur au volume de la vessie. Au cours de la croissance, l'augmentation du volume vésical et du pouvoir de concentration de l'urine par le rein contribue à réduire progressivement cette inadéquation, au fur et à mesure que se mettent en place un rythme nycthéméral et une maturation neurologique. C'est ainsi que progressivement, le volume de la diurèse devient inférieur au volume vésical et que la propreté s'installe.
Environ 20% des enfants n'atteignent pas cette situation de propreté nocturne à l'âge de 5 ans, 15% par anomalie vésicale et
5% par persistance d'une polyurie nocturne. (4)
Le pouvoir de concentration des urines L'adaptation du volume de la diurèse par le rein s'effectue en augmentant plus ou moins la réabsorption de l'eau au niveau des tubes collecteurs. Cette réabsorption est sous la dépendance de l'hormone antidiurétique, l'ADH, appelée aussi vasopressine, AVP sécrétée par l'hypothalamus, qui sous forme de composé de synthèse retard constitue le DDAVP, utilisé en thérapeutique. L'ADH permet de concentrer l'urine par une série d'actions locales sur les canaux collecteurs :
La tendance à concentrer l'urine est soumise à des variations individuelles importantes.
La charge osmotique des différents types de lait Pour satisfaire les besoins nécessaires à sa croissance (30 g/j), le nourrisson n'a besoin que de quelques mEq de potassium, 1 mEq de sodium et très peu de chlore. Le reste est excrété au niveau des urines.
==> Chez un nourrisson nourri au lait de vache, l'apport osmolaire dépasse facilement les possibilités d'excrétion du rein, ce qui explique la nécessité de le couper avec de l'eau.
La composition corporelle hydrique est plus élevée chez l'enfant, et, en proportion, les volumes liquidiens de l'enfant sont plus élevés que ceux de l'adulte. Le turn-over de l'eau est également beaucoup plus rapide chez le nourrisson que chez le grand enfant et l'adulte (renouvellement total en 5 à 6 jours contre 30 jours). De la naissance à l'âge de deux ans, les ajustements des volumes liquidiens (réduction relative des volumes extracellulaires) sont un autre élément important du développement de l'enfant, d'où l'importance que revêt l'apport par les boissons.
Modifications du volume d'eau totale de l'organisme, du volume extra cellulaire et du volume
plasmatique chez l'enfant dans différentes tranches d'âge
Classification de l'énurésie L'étude du profil de la diurèse (échographie vésicale, débitmétrie) au cours du nycthémère associée à des tests mictionnels non invasifs, permet une classification de l'énurésie en quatre groupes (4) :
Prise en charge de l'énurésie
A la lumière des données énumérés ci-dessus, la prise en charge de l'énurésie passe par un certain nombre de mesures permettant de réduire le volume de la diurèse notamment nocturne. Ces mesures s'appuient à la fois sur un contrôle des apports liquidiens (tant quantitatif que qualitatif) et sur un renforcement de l'activité antidiurétique de l'ADH, notamment par administration nasale de DDAVP pendant quelques semaines. Place et rôle des boissons Les apport liquidiens chez l'enfant énurétique doivent être contrôlés quantitativement et qualitativement. Les enfants présentant une diurèse osmotique, identifiés par le 24hUCP, peuvent avoir un rythme nycthéméral perturbé avec une polyurie nocturne, secondaire à une prise osmotique trop élevée, via l'alimentation, surtout le soir. La correction des habitudes alimentaires normalise habituellement la situation alors que le DDAVP n'a aucun effet. Les quantités de liquides apportées doivent être régulièrement réparties tout au long de la journée et diminuées à partir de 18 heures. L'apport liquidien doit tenir compte du pouvoir de concentration des urines peu élevé chez l'enfant énurétique afin de réduire au maximum la charge osmotique des boissons.
Il privilégiera les eaux de boissons peu minéralisées.
![]() Les boissons sucrées sont à éviter car elles sont susceptibles d'entraîner une diurèse osmotique favorisant ainsi les mictions nocturnes. De plus, étant d'un goût agréable, l'enfant aura tendance à boire plus que nécessaire, par gourmandise plus que par besoin. Les boissons gazeuses sont également à éviter car elles sont généralement plus fortement minéralisées et augmentent inutilement la charge osmotique des apports au niveau du rein.
Les boissons riches en calcium (lait etc...) ont les mêmes inconvénients théoriques sur la
diurèse.
Augmentation de l'activité antidiurétique par la DDAVP Plusieurs arguments plaident en faveur d'une inadaptation de la sécrétion d'AVP la nuit chez l'énurétique.
Des schémas de prise en charge commençant par les mesures hygiéno-diététiques et les épreuves de renforcement de la vessie, qui ont
par ailleurs l'avantage d'être brefs (3 mois) permettent à l'heure actuelle d'atteindre 70 à 80% de succès dans la plupart des séries
récemment publiées. 15 à 20% des enfants, pourtant apparemment identiques dans leur profil urinaire, sont réfractaires à la DDVAP, sans
que la cause en soit expliquée à l'heure actuelle.
2. HALLMAN N. On the ability of enuretic children to hold urine. Acta Paediatr Scand, 1950; 39 : 87-93 3. VANDE WALLE J. HOEBEKE P, RAES A. Persistant enuresis caused by nocturnal polyuria is a maturation defect of the nycthemeral rythm of duiresis, ESEP 96 Lausanne 4. VANDE WALLE J, HOEBEKE P, RAES A. Les différences du profil de la diurèse nycthémérale. Arch Pediatr 1997; 4 : 7s-9s | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
