Novembre 2004
Le maintien de la masse osseuse est dû à l'équilibre entre l'activité des ostéoclastes, cellules en charge de la résorption osseuse, et des ostéoblastes qui synthétisent une nouvelle matrice osseuse qui vient combler les lacunes creusées par les ostéoclastes. A partir de 50 ans et, essentiellement chez la femme du fait de la carence en estrogènes le bilan d'activité des deux cellules se négative et il survient une perte osseuse. Une femme de 50 ans présente un risque cumulé de fracture d'ici la fin de sa vie de 40%. Ces fractures sont essentiellement liées à l'ostéoporose. C'est dire la prévalence de cette affection. Depuis une dizaine d'année, les recherches sur l'ostéoporose se sont développées rapidement. La physiopathologie, les moyens d'évaluation et les traitements ont progressé notablement. En particulier, des marqueurs biochimiques permettant d'évaluer fiablement dans des groupes de malades l'activité de formation (dosage de l'ostéocalciphatase alcaline osseuse) et de résorption (cross-links ou pyridinoline) ont été développés. L'enjeu est de taille car le vieillissement prévisible de la population laisse prévoir une explosion du nombre des fractures ostéoporotiques pour le vingt et unième siècle. Epidémiologie des fractures Bien que l'ostéoporose puisse provoquer des fractures de tous les os, en pratique, les plus fréquentes surviennent au niveau des vertèbres, du poignet et du col du fémur. A l'exception des fractures du poignet, les fractures ostéoporotiques surviennent rarement avant 70 ans et leur incidence augmente d'une façon continue avec l'âge.
Les tassements vertébraux surviennent sans traumatisme déclenchant, et sont sans doute parfois progressifs, d'où l'absence de symptomatologie clinique aiguë dans 30 à 50% des cas. Ils contribuent certainement aux rachialgies chroniques des sujets âgés. Seules des radiographies systématiques permettent d'en faire le diagnostic. La prévalence des tassements vertébraux chez la femme est de 12% à partir de 60 ans, et augmente pour atteindre 30% chez des femmes entre 70 et 75 ans et 33% au-delà de 80 ans (1). Les fractures vertébrales sont 4 à 6 fois plus fréquentes chez la femme que chez l'homme. Evaluée à 5/1000 aux Etats-Unis, l'incidence des fractures du poignet n'est pas connue en France. L'incidence n'augmente pas avec l'âge, avec un maximum en période péri-ménopausique entre 40 et 60 ans. La fracture du col du fémur est la plus grave et la mieux évaluée des complications de l'ostéoporose. Elle est liée à une fragilité osseuse qui rend l'os très sensible aux traumatismes même peu importants. L'incidence annuelle de la fracture du col du fémur augmente exponentiellement avec l'âge. Elle est de 8/1000 après 80 ans avec de grandes variations selon les pays. Les fractures du col du fémur sont deux fois plus fréquentes chez les femmes que chez les hommes et l'âge moyen des fractures est de 81 ans chez les femmes et de 73 ans chez l'homme.
En France :
L'augmentation d'année en année du nombre des fractures ostéoporotiques n'est sans doute pas uniquement due au vieillissement de la population. Les causes de cette augmentation séculaire des fractures sont mal connues, mais on suspecte les modifications de notre mode de vie : inactivité physique, malnutrition et auto médication (psychotropes). Toutes ces considérations montrent l'ampleur du problème et l'urgence des mesures à prendre. Nouvelle définition de l'ostéoporose Les méthodes non invasives d'évaluation de l'os se sont focalisées sur l'estimation de la densité minérale osseuse (DMO). L'évaluation de la DMO par absorptiométrie repose sur la mesure de l'atténuation d'un faisceau de photons transmis à travers une partie du squelette. L'absorptiométrie à double énergie est destinée à la mesure au niveau de sites profonds (rachis et extrémité supérieure du fémur) ou du corps entier. En raison de son excellente précision et de son faible niveau d'irradiation, l'absorptiométrie à double énergie, validée par de nombreuses études longitudinales, est devenue l'examen de référence pour l'évaluation et le suivi des sujets à risque de fracture. En effet, l'OMS a récemment adopté une définition de l'ostéoporose fondée sur la valeur de la densité osseuse. Une valeur inférieure de 2,5 écart-type de la valeur moyenne de témoins jeunes (T-Score) à n'importe quel site osseux doit faire porter le diagnostic d'ostéoporose. Cette définition repose sur le fait que plusieurs études ont montré que le risque de fractures augmente lorsque la densité osseuse diminue. Partant de cette définition :
Cette nouvelle définition permet de regrouper les classifications antérieures : ostéoporose post-ménopausique et ostéoporose sénile. Il s'agit en réalité de la même maladie dont la masse osseuse est l'élément déterminant, même si les fractures vertébrales apparaissent avant les fractures du col fémoral. Les facteurs de risque d'ostéoporose Les facteurs de risque de fractures ostéoporotiques ont été évalués dans de vastes enquêtes épidémiologiques (5). Le
poids est un des déterminants majeurs de la densité osseuse et du risque de fracture et l'on observe une
corrélation positive très nette entre le poids et la densité osseuse. Il existe sans doute plusieurs raisons à cette
relation. Une masse musculaire importante exerce des contraintes mécaniques bénéfiques sur les os. La masse
grasse, vaste lieu de stockage des stéroïdes, est également reliée à la densité osseuse, surtout après la
ménopause chez les femmes. Le rôle des facteurs nutritionnels spécifiques en particulier du calcium est important. Les apports moyens en calcium alimentaires dans la population française sont estimés à 800 mg/ jour alors que, d'après les bilans calciques, 1200 mg sont nécessaires pour maintenir une balance calcique équilibrée. Les sujets ayant des apports alimentaires inférieurs à 800mg ont une densité osseuse plus basse. Cet effet délétère sur l'os d'une alimentation pauvre en calcium se constitue dés l'enfance par une diminution de la densité osseuse atteinte à l'âge adulte. L'immobilisation entraîne une perte osseuse et à l'inverse, l'activité physique entraîne un gain osseux. Ceci a été bien démontré chez les sportifs de compétition. Dans la population générale à risque d'ostéoporose, la gymnastique augmente la densité osseuse des femmes de plus de 50 ans. Une simple activité ménagère de plus de 5 heures par semaine est associée à une diminution du risque fracturaire dans une population de plus de 65 ans. Les chutes sont dans la population âgée un facteur de risque de fracture. 25% des femmes caucasiennes américaines âgées de plus de 65 ans chutent au moins une fois par an. 5% de ces chutes se compliquent de fractures, dont 1% de fracture fémorale. Les facteurs de chute peuvent être estimés par l'interrogatoire et différents tests : antécédents de chutes, prises de sédatifs, capacité de déambulation, vitesse de marche, force musculaire et fonctions cognitives. Le risque relatif d'avoir une fracture ostéoporotique est de 2 lorsqu'il existe un antécédent maternel de fracture du col du fémur. En effet, il existe une héritabilité importante de la densité osseuse avec une corrélation entre la densité osseuse des membres d'une même famille. Les filles de mères ostéoporotiques ont une densité osseuse plus basse que celles de mères non ostéoporotiques. Enfin, signalons qu'un antécédent personnel de fracture entraîne un risque relatif de 1,6 d'avoir une nouvelle fracture. Le tabagisme est associé à une ostéoporose, de même que l'alcoolisme, mais une consommation modérée d'alcool a un effet positif sur la densité osseuse. Les mesures de prévention non médicamenteuses sont importantes :
Plusieurs traitements médicamenteux peuvent augmenter la densité osseuse et diminuer la survenue des fractures. Ils sont représentés par des inhibiteurs du turn-over osseux et de la résorption qui préviennent la progression des troubles architecturaux et de la perte osseuse. En effet, le traitement par le fluor, seul médicament ostéoformateur, n'a pas d'action antifracturaire
démontrée et n'a donc pas pour le moment d'indication bien établie chez les patients ayant
une ostéoporose. Les bisphosphonates constituent souvent la seule alternative pour les femmes ayant une ostéoporose fracturaire qui ne peuvent pas recevoir de traitement hormonal ou qui n'en veulent pas. Leur effet sur la survenue de nouvelles fractures a été bien montré dans des essais portant sur trois ans (8). Les représentants les plus récents de cette classe thérapeutique peuvent être administrés de manière hebdomadaire. En terme d'efficacité sur la densité osseuse, les estrogènes et les bisphosphonates permettent souvent un gain de 3 à 8% dans les deux à trois premières années. Ils diminuent le risque de fracture ultérieure de 30 à 50%. Deux médicaments en développement semblent prometteurs sur le plan de la stimulation de la formation osseuse : la parathormone et le ranélate de strontium. Le traitement par parathormone nécessite une injection journalière et est réservé aux ostéoporoses sévères ou résistantes aux autres traitements. Dans une étude récente, le ranélate de strontium a permis, après 36 mois de traitement, un accroissement significatif de la densité minérale osseuse de 14,4% au niveau de la colonne lombaire et de 8,3% au niveau du col fémoral (p<0,001 vs. placebo). Il a par ailleurs été observé une réduction du risque fracturaire vertébral de 49% dès la première année de traitement, maintenue à 41% pendant les trois années de l’étude(10). L'adjonction de calcium et de vitamine D est efficace sur l'ostéoporose fracturaire dans des populations profondément carencées en vitamine D. De plus, la supplémentation en calcium seul permet de freiner la perte osseuse chez des femmes ayant un régime pauvre en calcium qui ne peuvent ou ne veulent pas changer leur type d'alimentation (9). Une carence en calcium entraîne une hyperparathyroïdie secondaire et donc une accélération du turn-over osseux qui induit une perte osseuse. L'efficacité antifracturaire à court terme (3 ans) du traitement vitamino-calcique dans une population moins âgée et peu carencée sera sans doute difficile à démontrer. Il n'en reste pas moins qu'un apport alimentaire (par la consommation régulière de produits laitiers et/ou d’eau minérale riche en calcium) et/ou médicamenteux adéquat en calcium est requis pour prévenir l'ostéoporose et doit être associé aux traitements médicamenteux (estrogènes, SERM bisphosphonates, ranélate de strontium) de l'ostéoporose. L'efficacité antifracturaire à court terme (3 ans) du traitement vitamino-calcique dans une population moins âgée et peu carencée sera sans doute difficile à démontrer. Il n'en reste pas moins qu'un apport alimentaire et/ou médicamenteux adéquat en calcium est requis pour prévenir l'ostéoporose et doit être associé aux traitements médicamenteux (estrogènes, bisphosphonates) de l'ostéoporose. en pratique
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