BOISSONS EDULCOREES ET
TROUBLES METABOLIQUES
(Diabète et syndrome métabolique)
France Bellisle
CRNH Ile-de France, Hôtel-Dieu, Paris



Dans les boissons au goût sucré (sodas, boissons fruitées, etc.), les édulcorants intenses permettent d’éliminer la totalité ou une grande partie des sucres, tout en conservant le caractère agréable et sucré de la boisson. Sous condition que cette diminution des sucres apportés par les boissons permette d’abaisser la ration énergétique totale, les édulcorants intenses peuvent contribuer à un meilleur contrôle du poids corporel (voir « Boissons édulcorées et contrôle pondéral »). Il existe des situations où les boissons contenant des édulcorants intenses plutôt que des sucres, constituent un choix particulièrement justifié : c’est le cas dans des pathologies comme le diabète, ou dans des situations à risque telles que le syndrome métabolique. Dans ces situations, la consommation de glucides n’est pas exclue. Comme dans la population saine, les glucides doivent représenter plus de 50% de l’apport énergétique total. Cependant, le patient doit contrôler ses apports nutritionnels et ses apports de glucides avec une prudence toute particulière. L’apport de sucres dans les boissons, qui n’est pas forcément problématique chez un sujet en bonne santé, devient un facteur à surveiller étroitement chez les personnes à risque de désordres métaboliques graves.


Il existe deux types de diabète, qui sont très différents par leurs causes et leur traitement. Le diabète de type 1 est une pathologie chronique causée par la défaillance des cellules β du pancréas qui, chez un sujet en bonne santé, sécrètent l’insuline, une hormone qui permet aux tissus de l’organisme d’absorber efficacement le glucose circulant dans le sang à la suite d’un repas. Le traitement de ce diabète nécessite de façon vitale des injections d’insuline quotidiennes (Slama, 2003). Ce diabète qui peut survenir à tout âge de la vie, n’est pas causé par la consommation de sucre. Il s’agit d’une maladie dite « auto-immune » au cours de laquelle, pour une raison encore mal comprise, les cellules productrices d’insuline s’autodétruisent alors que des anticorps s’activent. Ce processus mène, à plus ou moins court terme, à l’augmentation du glucose présent dans la circulation sanguine, car il ne peut plus pénétrer dans les tissus de l’organisme pour les nourrir. Cette maladie gravissime était mortelle jusqu’à la découverte du rôle de l’insuline qui a permis le développement des traitements par injection de cette hormone. Le diabétique qui se soigne par injection d’insuline doit faire très attention à son alimentation. Non seulement il doit bien choisir ses aliments, mais il doit aussi faire ses piqûres d’insuline au moment approprié avant d’ingérer des calories, afin que les nutriments absorbés soient utilisés au mieux par son organisme. En adaptant ses doses d’insuline en fonction de ses consommations, un patient peut arriver à gérer son diabète de type 1 avec compétence, et éviter le développement de complications très graves (troubles de la circulation sanguine par obstruction des vaisseaux, cécité, « pied diabétique », etc.). 

Le diabète de type 2 est très différent par ses causes. Son traitement est également différent, bien que le traitement par l’insuline puisse devenir nécessaire en fonction de l’évolution de la maladie. Jusqu’à une époque récente, ce type de diabète se développait avec le temps, chez des personnes adultes en surcharge pondérale, ayant souvent une très mauvaise alimentation qui finissait par épuiser les capacités du pancréas à répondre aux défis incessants représentés par des apports alimentaires trop abondants et trop riches. On retrouve encore aujourd’hui ce type d’évolution chez des adultes, mais la nouveauté des dernières décennies, c’est qu’avec l’augmentation de la prévalence de l’obésité et même de l’obésité massive chez les enfants, on peut diagnostiquer le diabète de type 2 même chez des enfants et des adolescents. Il s’agit d’une maladie métabolique grave qui peut conduire aux mêmes complications que le diabète de type 1, mais que l’on soigne d’abord avec des médicaments hypoglycémiants qui favorisent la captation du glucose dans les tissus de l’organisme. Dans le développement du diabète de type 2, l’alimentation joue un rôle capital. On a longtemps pensé que les glucides (les sucres) étaient responsables de cet état. Aujourd’hui, les experts incriminent davantage les excès de certains types de graisses alimentaires (Slama, 2003). Dans le diabète de type 2, l’amaigrissement, même modeste, favorise une amélioration importante, parfois spectaculaire, des troubles métaboliques.

Dans les deux types de diabète, le patient doit faire très attention à son alimentation : dans le diabète de type 1, pour s’assurer que son traitement à l’insuline correspond au mieux à ses apports ; dans le diabète de type 2, pour adopter un régime plus raisonnable (favorisant l’amaigrissement si possible), et favorisant le maintien de la fonction pancréatique encore présente au moment du diagnostic.

Dans les deux types de diabète, les boissons contenant des édulcorants intenses plutôt que des sucres, sont susceptibles de rendre des services tout à fait appréciables :

Dans le diabète de type 1, le patient peut consommer ces boissons en toutes circonstances, même en dehors des repas, sans avoir à se soucier d’avoir à ajuster ses injections d’insuline. En effet, les boissons édulcorées ne font pas monter la glycémie et ne créent donc pas de problème particulier chez un patient à l’insuline. Les jeunes patients (enfants, adolescents, jeunes adultes) avec un diabète de type 1 peuvent ainsi très facilement partager la vie sociale de leurs pairs en bonne santé et consommer une boisson « light » sans avoir à sortir leur seringue d’insuline,

Les patients avec un diabète de type 2 peuvent profiter également de la possibilité qu’offrent les boissons « light » de consommer des produits au goût sucré agréable sans augmenter leurs apports énergétiques. Selon les conseils donnés aux diabétiques par le Professeur Gérard Slama dans un ouvrage récent (2003), les produits glucidiques (dont les sucres) ne doivent pas être proscrits de l’alimentation ; les glucides apportés par les aliments doivent représenter une large part de la ration quotidienne (comme chez les sujets sains), mais leur ingestion doit être bien contrôlée. Les patients avec un diabète de type 2 doivent surtout faire attention à limiter leurs apports en graisses. Cela dit, si le patient apprécie les sodas et autres boissons sucrées, les boissons contenant des sucres doivent être bannies de l’alimentation et remplacées par des boissons « light » contenant des édulcorants intenses (Slama, 2003). Il faut ajouter que si les édulcorants intenses peuvent être utiles, ils ne sont pas nécessaires. On peut très bien vivre sans consommer de sodas. L’eau demeure la boisson par excellence, que l’on soit diabétique ou non.

L’alimentation du patient diabétique doit être discutée entre le patient et son médecin. Il existe en effet de nombreux conseils qui ne peuvent être dispensés qu’au cas par cas.

Il est important de retenir que les édulcorants intenses n’apportent pas (ou très peu) de calories, ne font pas monter la glycémie après l’ingestion, n’ont aucun effet sur la sécrétion d’insuline (dans le diabète de type 2). Leur innocuité dans la population générale a été vérifiée par des études répondant aux  normes scientifiques internationales (voir par exemple: Goldsmith, 2000). La polémique récente concernant l’aspartame s’est achevée par une déclaration de l’EFSA (autorité européenne chargée de la sécurité alimentaire) confirmant l’absence de risque de cancer associé à ce produit (EFSA, 2006).  Plusieurs études ont confirmé la sécurité de l’utilisation d’édulcorants intenses spécifiquement dans des population de patients diabétiques (par exemple: Grotz et coll., 2003).  Si les édulcorants intenses sont utilisés dans le cadre d’une alimentation raisonnable (voir « Boissons édulcorées et contrôle pondéral »), ils peuvent même aider à réduire significativement les apports énergétiques et à mieux adhérer à long terme à un régime amaigrissant.
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Le syndrome métabolique est une constellation de plusieurs symptômes associés à un risque augmenté de pathologies cardio-vasculaires. Les définitions du syndrome métabolique varient beaucoup selon les auteurs (Sauerwein, 2006 ; Cassells & Haffner, 2006). Parmi les principaux éléments, notons l’hyperglycémie à jeun, la résistance à l’insuline, la dyslipidémie (taux élevé de triglycérides, taux faible de cholestérol HDL), l’hypertension et l’obésité abdominale qui est souvent évaluée à partir du tour de taille. Le syndrome métabolique est considéré comme l’un des facteurs étiologiques importants aboutissant au diabète de type 2 (Borgman & McErlean, 2006). Ce syndrome se retrouve le plus souvent chez des personnes d’âge moyen en surcharge pondérale. Alors que les différents aspects du syndrome sont souvent traités par administration de médicaments (Bhatheja & Bhatt, 2006), l’amaigrissement, même modeste (5 à 10 % du poids d’origine), contribue à améliorer plusieurs éléments du syndrome et à réduire le risque qui lui est associé (Luchsinger, 2006).

Quel est le rôle des boissons sucrées dans le développement et l’entretien de ce syndrome ? Nous ne le savons pas de façon précise, mais il est possible que les boissons sucrées puissent contribuer chez certains consommateurs à des apports excessifs favorisant la prise de poids et particulièrement l’obésité abdominale. Dans ce contexte, le choix de boissons contenant des édulcorants intenses pourrait rendre le même service que chez les patients diabétiques : conserver le plaisir de consommer des boissons sucrées, parfois en situations de convivialité, sans ajouter à la ration énergétique. Cependant, les boissons édulcorées ne peuvent avoir un effet bénéfique que dans le cadre d’une alimentation globalement saine et équilibrée, avec des apports qui n’excèdent pas les besoins (voir « Boisons édulcorées et contrôle pondéral »). Si les boissons contenant des édulcorants intenses sont utilisées de telle sorte qu’elles induisent une réduction des apports énergétiques (de la Hunty et coll., 2006) et si ce bilan énergétique négatif est maintenu assez longtemps pour favoriser l’amaigrissement ou le simple contrôle du poids corporel, alors les boissons édulcorées peuvent jouer un rôle bénéfique dans la réduction du syndrome métabolique. Elles peuvent notamment favoriser l’adhésion à un régime et au maintien à long terme du poids perdu (Blackburn et coll., 1997) ce qui peut s’avérer un bénéfice particulièrement précieux pour contrer l’évolution de cette pathologie vers le diabète et les pathologies cardio-vasculaires. 
 


Bhatheja R, Bhatt DL. Clinical outcomes in metabolic syndrome. J Cardiovasc Nurs 2006 ;21 :298-305.

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Grotz VL, Henry RR, McGill JB, Prince MJ, Shamoon H, Trout JR, Pi-Sunyer X. Lack of effect of sucralose on glucose homeostatis in subjects with type 2 diabetes. J Am Diet Assoc 2003,103:1607-1612.

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