Janvier 2006

Consommation alimentaire de calcium et masse corporelle
Pr Marc Fantino
CREABio®, CHU de Dijon, 7 Bd Jeanne d’Arc, BP 87900, 21079 DIJON Cedex



La France semble bien être un pays de paradoxes ! Même dans le domaine nutritionnel, cette assertion pourrait se vérifier sous plusieurs aspects. On connaissait déjà le singulier contraste entre notre niveau de consommation de graisses animales, l’un des plus élevés au monde, et la moindre prévalence des maladies cardio-vasculaires que dans les autres pays occidentaux. C’est le fameux « paradoxe français » que d’aucun attribue (tout au moins, pour partie) à notre consommation de vin. Mais une autre « exception française » pourrait aussi trouver ses racines dans nos habitudes et particularités alimentaires. Le taux de surcharge pondérale et d’obésité, quoiqu’en perpétuelle croissance, reste actuellement plus faible en France que dans la plupart des autres pays développés, notamment qu’aux Etats-Unis d’Amérique. Eu égard à l’exceptionnelle richesse et diversité de notre alimentation, il est justifié de s’interroger sur les raisons de cet écart. La solution pourrait se trouver dans notre consommation de calcium, particulièrement élevée.


C’est le rapprochement de données issues de l’expérimentation animale et de données épidémiologiques extraites de l’étude NHANES-III qui a permis à ZEMEL et ses collaborateurs de formuler l’hypothèse que l’apport alimentaire en calcium puisse influencer la masse corporelle. Ils ont en effet observé une plus faible adiposité chez les personnes consommant le plus de calcium [25]. Depuis, d’autres études épidémiologiques, notamment l’étude CARDIA [13], ou l’HERITAGE Study [9], ainsi que la Quebec Family Study [4] ont confirmé qu’il existe souvent une assez nette corrélation inverse entre l’apport alimentaire en calcium et le degré d’adiposité, quelque soit l’âge, le sexe ou l’origine ethnique. Le lecteur pourra consulter les différentes revues de ces travaux, par exemple celles réalisées par SCHRAGER [15], ou celle de TEEGARDEN [19] ou de PARIKH et YANOVSKI [12]. Davies et collaborateurs ont même rapporté que la moitié de la population féminine américaine consommant le moins de calcium auraient 2,25 fois plus de risque d’être en surpoids que l’autre moitié qui en consomme le plus [2] et Heaney estime que 10% de la variance interindividuelle de la masse corporelle serait attribuable aux variations de la ration calcique [8]. Ce même auteur a aussi évalué au sein d’une cohorte de 348 jeunes femmes, toujours des américaines, que 15% de celles dont la consommation de calcium se situe dans le quartile inférieur présentent une surcharge pondérale, alors qu’elles ne sont que 4% parmi celles dont la consommation de calcium se situe au niveau des apports recommandés [8]. En conséquence, selon lui, chaque augmentation de 300 mg de la quantité de calcium ingéré chaque jour serait associée à une masse corporelle inférieure, en moyenne, de 1 kg chez l’enfant et de 2,5 à 3 kg chez l’adulte [7]. Il convient cependant de rappeler ici, qu’en raison d’apports laitiers moindres, la consommation de calcium par les américains est notablement inférieure à celle des français, et très souvent en dessous des recommandations. Nous verrons que cette réalité a probablement des implications qui seront discutées ultérieurement.

Ces données, résultant d’observations épidémiologiques, ne sont cependant pas exemptes de faiblesses méthodologiques. De plus, elles n’apportent aucune évidence d’une possible relation de causalité entre le niveau de l’apport calcique et l’adiposité. L’association faible consommation de calcium / surpoids pouvant aussi résulter d’une même cause commune, des études d’intervention sur l’animal et sur l’Homme sont indispensables pour confirmer l’hypothèse d’un lien de caus


Dès le début des années 80, il avait été rapporté que les rats de la souche spontanément hypertensive présentent un gain pondéral moindre lorsqu’ils sont nourris avec un régime riche en calcium (contenant 2,8% de Ca élément, en masse), qu’avec un régime pauvre (n’en contenant que 0,4%) [18] ; ces observations ont été ultérieurement confirmées [11]. En 1989, BURSEY et al avaient aussi signalé, par un rapport préliminaire [2], qu’un régime enrichi en calcium réduit la masse corporelle des rats Zucker, aussi bien celle des rats maigres que celle de leurs congénères rendus obèses par la mutation génétique dont ils sont porteurs. Plus récemment, ZEMEL et ses collaborateurs ont voulu confirmer l’exactitude de leurs observations faites sur l’Homme par des études d’interventions nutritionnelles chez l’animal. Leurs travaux (cf. revue in [23]) ont porté sur une souche de souris transgéniques qui sur- expriment, dans leurs cellules adipeuses, la protéine agouti et qui, de ce fait, présentent une nette tendance à devenir obèses dans certaines conditions nutritionnelles (par exemple, en présence d’un régime riche en saccharose, donc hyper-insulinémiant). Le gain pondéral de ces souris, ainsi que la masse de leurs dépôts adipeux, sont nettement supérieurs quand leur nourriture est relativement pauvre en calcium (seulement 0,4% de Ca élément en masse) que quand elles reçoivent un régime enrichi en ce minéral. Il est aussi remarquable que la réduction pondérale est nettement plus marquée lorsque l’apport calcique supplémentaire est procuré par des produits laitiers que par des sels de calcium, effet qui croît avec l’importance de l’apport de produits laitiers (revue in [12]).

Le même modèle expérimental a également permis d’identifier certaines modifications du métabolisme lipidique au sein des cellules spécialisées dans le stockage de la graisse, les adipocytes. En effet, une diète enrichie en calcium, provoque une réduction de 51% de l’expression et de l’activité d’une enzyme clé de la synthèse adipeuse de novo au sein de ces cellules : la fatty acid synthetase. Cet effet est associé à une multiplication par trois, voir par cinq, du taux de la lipolyse basale [17]. D’autres travaux, également réalisés sur des rongeurs, confirment que les régimes pauvres en calcium favorisent la prise de poids. De plus, tandis qu’après amaigrissement imposé par restriction alimentaire, les animaux maintenus sur un régime pauvre en calcium regagnent rapidement leur poids initial, ceux disposant d’une diète riche en calcium regrossissent beaucoup moins vite, surtout si le calcium est apporté par des laitages, (revue in [22]).

A retenir : les études d’intervention chez la souris

- gain pondéral inversement corrélé à la richesse en calcium du régime alimentaire,
- après amaigrissement post-restriction alimentaire, la reprise pondérale est beaucoup moins rapide sous régime riche en calcium, surtout si apports réalisés par des laitages.
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Les études d’intervention chez l’Homme ne doivent pas être confondues avec les observations épidémiologiques, d’autant que leurs résultats sont parfois discordants. En effet, les rares études prospectives chez l’Homme ont donné des résultats ambigus, parfois positifs (rarement), plus souvent négatifs. Dans une étude de Zemel et al [27] des patients mis à un régime restrictif supplémenté en calcium, ont significativement perdu plus de masse adipeuse (de localisation principalement abdominale) que les patients au même régime hypocalorique mais déficient en calcium. De plus, comme pour les animaux, la perte de poids a été plus grande chez ceux recevant le supplément calcique sous forme de produits laitiers (soit un amaigrissement de 10,9%) que chez ceux le recevant sous forme d’un complément alimentaire (-8,6% seulement). La synthèse rédigée par TEEGARDEN [19] résume les résultats positifs de quelques autres études d’intervention. L’une de celles-ci, dont l’objectif initial n’était pas d’envisager le rôle du calcium sur la régulation pondérale, montre qu’un apport supplémentaire de cet élément a permis, en moyenne, une réduction de la masse corporelle de 0,325 kg par an pendant quatre ans. Une nouvelle analyse de ces données a aussi permis de conclure à un amaigrissement total de 8 kg associé à une augmentation de la consommation de calcium de 1000 mg par jour [3]. Cependant d’autres travaux ne confirment pas qu’un apport calcique supplémentaire puisse systématiquement réduire l’adiposité et la masse corporelle. Ainsi, dans un autre essai prospectif, conduit sur un groupe de femmes (ménopausées ou non) dont la ration calcique initiale variait de 600 à 1000 mg/J mais recevant 1000 mg de Ca++ supplémentaire chaque jour, la perte pondérale n’a pas été plus grande que celle relevée dans le groupe témoin sans supplémentation [16]. Pour tenter de clarifier la situation, Susan BARR a effectué une revue systématique des travaux dans ce domaine [1]. Sélectionnés parmi plus de 200 000 références bibliographiques (!), elle a re-analysé 30 essais randomisés et bien contrôlés dans lesquels la consommation de calcium ou de produits laitiers d’individus en bonne santé avait été augmentée. Les résultats de ces études sont assez décevants car, dans la plupart des cas, il n’a pas été observé de différence dans l’évolution du poids, de la masse adipeuse ou de la masse maigre, entre les différents groupes recevant des rations calciques différentes, que celle-ci provienne d’un supplément de produits lactés, ou qu’elle provienne de calcium sous forme de complément alimentaire. Dans deux cas, l’évolution pondérale a même été l’inverse de ce qui serait attendu [15]. L’auteur de cette revue souligne cependant que la supplémentation en produits lactés n’a, le plus souvent, pas entraîné d’inflation pondérale en dépit du supplément calorique qu’elle apportait. D’autre part, l’objectif initial de la plupart de ces travaux n’était pas d’étudier l’influence de l’apport alimentaire en calcium sur la régulation pondérale ou la masse adipeuse, mais plutôt les relations calcium / masse osseuse. Il est donc possible qu’une certaine inadaptation des protocoles ait pu contribuer à l’absence de résultats dans le sens escompté. Cette négativité des résultats n’obère cependant pas la réalité de la corrélation inverse calcium alimentaire / poids démontrée par les données épidémiologiques. Mais pour clarifier l’hypothèse d’une possible modification de la masse corporelle et de l’adiposité par manipulation de la ration calcique, il reste nécessaire d’entreprendre de nouvelles études randomisées, spécialement et adéquatement conçues à cette fin. Une telle entreprise est d’autant plus justifiée qu’il a été identifié plusieurs mécanismes d’action susceptibles de rendre compte de l’interaction du calcium alimentaire avec la régulation énergétique et le contrôle de la masse adipeuse.

A retenir :

Les études d’intervention chez l’homme sont controversées. Des biais méthodologiques ne sont pas à exclure.


Paradoxalement, l’influence du taux de calcium apporté par les aliments sur les états de faim ou de satiété et sur le rassasiement, états qui contrôlent directement le comportement alimentaire, semble n’avoir jamais fait l’objet d’étude. En revanche, au moins deux mécanismes ont été proposés pour expliquer que le calcium ingéré puisse modifier la masse adipeuse, donc la masse corporelle, en modulant le métabolisme énergétique (cf. revue in [22]). Le premier implique une modification de la lipolyse et de la lipogenèse en fonction du taux de calcium intracellulaire ; le second repose sur une réduction de l’absorption digestive des lipides par le calcium présent dans la lumière digestive.

1) Mécanisme impliquant le calcium intracellulaire (cf. revue in [24]) : La majorité du calcium corporel est extracellulaire, principalement stocké dans les os et les dents. Cependant, le calcium présent dans les cellules, en faible quantité et sous forme ionisée, est d’importance physiologique capitale en tant que médiateur contrôlant de nombreuses fonctions cellulaires. Or la concentration du Ca++ intracellulaire dépend de deux hormones calciotropes : la parathormone (PTH) et la forme active de la vitamine D, la 1,25-dihydroxy vitamine D ou vitamine D3. Ainsi, un apport alimentaire élevé en calcium réduit-il la mobilisation et l’activité de ces deux hormones, surtout de la vitamine D3 qui abaisse la concentration intracellulaire du Ca++ par action au niveau de récepteurs membranaires. Il en résulte une modification de l’expression et de l’activité d’enzymes modulant le métabolisme lipidique, en particulier dans les cellules spécialisées dans le stockage de la graisse, les adipocytes. Ainsi la réduction de l’activité de la Fatty Acid Synthase, déjà signalée entraîne une inhibition de la lipogenèse et une stimulation de la lipolyse adipocytaire. Parallèlement, par son action nucléaire, la vitamine D3 inhibe normalement l’expression de la protéine découplante UCP2. Une réduction de l’activité de la vitamine D3 permet donc une augmentation du taux de l’UCP2, et corrélativement de la thermogenèse, ce qui se traduit par une dépense énergétique accrue en présence d’un apport alimentaire élevé en calcium. Un faible apport induit des effets inverses, tant sur le métabolisme lipidique adipocytaire que sur la thermogenèse.

2) Modification de l’absorption intestinale des graisses par le calcium alimentaire : le calcium apporté par l’alimentation, donc présent dans la lumière du tube digestif, peut aussi inhiber l’absorption des matières grasses en formant, dans le colon, des savons avec les acides gras. En effet, WELBERG et al [21] ont montré qu’une supplémentation calcique accroît la proportion des graisses ingérées retrouvées dans les fèces. Cependant, un tel effet, qui ne semble se produire qu’en présence de très forts apports oraux de calcium (de l’ordre de 2 à 4 g), reste modeste n’augmentant l’élimination fécale des graisses que de l’ordre de quelques pourcents. Mais le calcium alimentaire, en se liant également aux acides biliaires, peut aussi réduire l’absorption des graisses en limitant la formation des micelles lipidiques.


Les données épidémiologiques, les travaux réalisés sur l’animal, comme certaines études d’intervention chez l’Homme indiquent tous une plus grande efficacité, pour atténuer l’adiposité, du calcium associé aux produits laitiers que du calcium sous forme de compléments. Les apports nutritionnels conseillés en calcium (les ANC) se situent entre 900 et 1200 mg/J selon l’âge, le sexe ou l’état physiologique [10]. Ils sont ainsi plus élevés pour la femme enceinte ou allaitant. La principale source de calcium alimentaire est représentée par les produits laitiers, dont la consommation en quantité notable en France permet, en général, de bien couvrir les besoins. Les végétaux verts, mais aussi certaines eaux minérales et boissons constituent d’autres sources alimentaires de calcium non négligeables, surtout lorsque les produits laitiers ne peuvent être suffisamment consommés, quelle qu’en soit la raison (par allergie, dégoût ou intolérance…). En cas d’insuffisance des apports alimentaires, il est toujours possible d’avoir recours à un complément alimentaire, c’est-à-dire à une préparation concentrée de sel de calcium sous forme de comprimés, gélules ou de toute autre forme s’apparentant à un médicament. La question se pose cependant de savoir si le calcium apporté sous forme d’un complément alimentaire a les mêmes vertus que le calcium procuré par les aliments. Certaines données, rapportées plus haut, indiquent que le calcium naturellement présent dans les aliments, tout particulièrement ceux dérivant du lait, est plus efficace.

Cette meilleure efficacité serait en réalité attribuable à d’autres composants simultanément apportés par les produits laitiers, encore mal identifiés mais parmi lesquels figurent les acides linoléiques conjugués (CLA), et plus probablement des protéines. La plus grande capacité des protéines à induire la satiété que les autres macronutriments, connue depuis longtemps, ne serait pas le seul mécanisme mis en jeu. Certaines protéines spécifiques du lait comme le Macro-Glyco-Peptide (GMP) peuvent avoir des effets rassasiants ou satiétogènes propres. De plus la composition des protéines laitières, particulièrement riches en aminoacides branchés (leucine, isoleucine, valine), pourrait aussi jouer un rôle. Notamment, la place centrale de la leucine dans la synthèse protéique musculaire pourrait modifier la répartition de l’énergétique cellulaire, l’orientant plus vers le muscle que vers les adipocytes [6]. Mais il a été aussi mis en évidence que certaines protéines spécifiques de la fraction soluble pourraient agir indépendamment, ou en synergie avec le calcium pour réduire la lipogenèse et accroître la lipolyse. Il a été récemment rapporté que des protéines du petit lait pourraient avoir une activité du type inhibiteur de l’enzyme de conversion, et pourraient donc réduire la production d’angiotensine II. Or des données récentes indiquent que la lipogenèse adipocytaire seraient pour partie contrôlée par l’angiotensine II (cf. revue in [23]).

A retenir :

le calcium d’origine laitière semble le plus efficace pour couvrir les besoins. Certaines eaux minérales et eaux de boisson peuvent, à défaut, constituer une source d’apport en calcium non négligeable


L’existence d’une corrélation inverse entre l’apport alimentaire de calcium (ou de produits laitiers) et l’adiposité pose évidement la question de l’efficacité de régimes enrichis en cet élément pour réduire le surpoids ou d’accroître l’efficacité des régimes amaigrissants. La réponse à cette question pourrait être positive puisque, l’étude de Zemel et collaborateurs mentionnée plus haut a mis en évidence un amaigrissement 1,7 fois plus grand chez les sujets soumis à un régime certes restrictif (500 kcal/J) mais riche en produits laitiers, que chez les autres sujets disposant d’apports caloriques identiques mais pauvre en calcium [27]. De plus, c’est la graisse abdominale qui est préférentiellement diminuée en présence de calcium d’origine laitière. Dans une autre étude, des patients mis pendant 12 semaines à un régime restrictif (-500 kcal/J) sans laitage, et ne recevant donc que 400 à 500 mg de Ca++ par jour, ont présenté un amaigrissement significativement moindre que les patients contrôles bénéficiant d’un apport calorique identique mais qui incluait trois yaourts par jour, soit un supplément de 1200 à 1300 mg de Ca++. La perte de poids des derniers était associée à une amélioration de leur sensibilité à l’insuline [25]. Les conclusions d’autres études ne vont cependant pas dans le même sens ainsi que nous l’avons précédemment indiqué. Mais il faut souligner que dans les travaux rapportés, nord-américains pour la plupart, la ration calcique des patients constituant les groupes « contrôle » est généralement basse, souvent inférieure aux apports quotidiens recommandés [5]. On peut donc poser la question de savoir si c’est la supplémentation en calcium qui a eu des effets positifs sur la régulation adipeuse lorsqu’un tel effet a été observé, ou si c’est l’insuffisance de l’apport calcique qui induirait des effets délétères obèsogènes dans la population nord-américaine en général. Dans cette perspective, Phillips et al [14] n’ont pas trouvé l’habituelle relation inverse entre calcium alimentaire et adiposité au sein de leur cohorte d’adolescentes dont la consommation de produits laitiers correspondait à un apport de 827 mg de Ca++/J, soit une consommation bien supérieure à la moyenne habituelle des jeunes filles de même âge dans d’autres études. Il est donc possible, voire probable qu’il existe un seuil d’apport calcique en dessous duquel la consommation de produits laitiers pourrait directement influencer l’adiposité. La valeur de ce seuil reste cependant à déterminer avec plus de précision. En France, où la consommation de lait et de produits dérivés (fromages, yaourts, etc.) est traditionnellement élevée, la ration calcique est généralement satisfaisante et probablement au dessus de cet hypothétique seuil. La consommation d’eaux naturellement riches en calcium, ou parfois enrichies, contribue également à ce bon état nutritionnel, en particulier pour les sujets dont la consommation de laitage ne peut être insuffisante. Il est donc indispensable de préserver cet avantage nutritionnel qui pourrait favoriser, voir expliquer le moindre taux de surcharge pondérale qui caractérise encore la société française comparativement à d’autres pays industrialisés. Le second paradoxe français, évoqué en introduction, pourrait donc bien n’être qu’apparent.


Il apparaît primordial de conserver, et même d’encourager cet aspect positif de notre tradition alimentaire. L’apport de calcium peut même être encore accru sans risque significatif pour la majorité de la population car, au-delà de sa possible intervention positive sur la régulation pondérale, de découverte relativement récente, il est connu depuis plus longtemps que le calcium alimentaire a plusieurs autres avantages pour la santé. Ainsi, son rôle positif pour la constitution d’une masse osseuse adéquate n’est plus à rappeler. Mais également, il a été montré qu’il exerce un effet favorable sur la pression artérielle et la cholestérolémie [19]. Enfin, le calcium dérivé du lait semble aussi améliorer l’insulinorésistance. Ainsi, les résultats de l’étude CARDIA [13] suggèrent que chaque produit laitier supplémentaire consommé pourrait permettre une réduction de 21% du taux d’insulino-résistance. Le calcium alimentaire est donc d’une grande efficacité pour la prévention des maladies cardio-vasculaires par plusieurs mécanismes convergents.


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