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Aout 2006 L'EAU, TOUJOURS EN MOUVEMENT DANS NOTRE CORPS Lise BANKIR Docteur es Sciences Directeur de Recherche, INSERM Unité 652, Paris
Il est courant de dire que l'eau est un constituant essentiel de notre organisme. En effet, elle represente environ 70 % du poids de notre corps, soit une quarantaine de litres pour un individu de 60 - 70 kg. Douze à quinze litres de cette eau sont dans le sang et les liquides dits extracellulaires, ceux qui constituent le "milieu intérieur" qui entoure les cellules de nos organes, de nos muscles, de notre cerveau. Environ un litre et demi à deux litres d'eau sont renouvelés chaque jour, les liquides ingérés comme boisson et l'eau contenue dans les aliments compensant les sorties d'eau dans l'urine, les selles, par la transpiration et par la vapeur perdue dans l'air expiré.
Non seulement l'eau est un constituant important, quantitativement, mais c'est un élément essentiel à toutes les fonctions de notre organisme par les mouvements permanents qu'elle assure. En effet, l'eau bouge en permanence dans notre corps.
L'eau, en mouvement dans le sang Le sang est propulsé dans tous les vaisseaux et capillaires de l'organisme par les battements du cœur. Le plasma (c'est à dire la partie liquide du sang) et les globules rouges qu’il véhicule, ainsi que les liquides extracellulaires (très proches du plasma) apportent à toutes nos cellules l'oxygène et les substances nutritives dont elles ont besoin et se chargent de gaz carbonique et des substances de déchets qui seront éliminés par les poumons, le foie et les reins. Le plasma sanguin véhicule aussi des "messagers", les hormones et médiateurs qui régulent les fonctions de nos organes, ainsi que les éléments du système immunitaire, globules blancs et anticorps, qui nous protègent contre les infections.
L'eau, en mouvement dans les cellules L'eau ingérée puis absorbée par notre système digestif s’échange constamment avec l'eau des liquides extracellulaires, mais aussi avec celle des cellules elles-mêmes. Dans beaucoup de tissu, cet échange est assez lent car membranes qui entourent les cellules sont formées de lipides, dont la perméabilité à l’eau est assez faible. Mais les mouvements entre milieu intra- et extra-cellulaire sont rendus beaucoup plus rapides dans certaines cellules qui possèdent, dans leur membrane des "aquaporines". Il s’agit de molécules protéiques qui forment de véritable "canaux à eau" et permettent le passage de molécules d'eau dans les deux sens, entre les cellules et le milieu qui les entoure. Ces aquaporines sont très abondantes dans le tractus digestif, le rein, l’œil, les glandes (exemple , les glandes salivaires), les poumons. Mais il n’y en a pas dans le muscle, les os ou le tissu adipeux.
L'eau en mouvement dans le tube digestif Des mouvements d'eau importants ont lieu entre le milieu extracellulaire et les différents éléments du système digestif. Les aliments transitent le long de notre système digestif, entraînés par un courant de liquide. Même si l’on ne boit pas pendant un repas, les sécrétions produites par les glandes salivaires (salive), le pancréas (suc pancréatique), l'estomac (suc gastrique) et le foie (la bile) représentent plusieurs litres de liquide par jour qui quittent en quelque sorte le "milieu intérieur" pour penétrer transitoirement dans le tube digestif. En effet, on peut considérer le système digestif comme un milieu "extérieur" non stérile, où cheminent les aliments en voie de digestion, entre la bouche et l'anus). Sauf en cas de diarrhée sévère, la plus grande partie de cette eau est ensuite récupérée par un processus d'absorption dans l'intestin moyen et terminal, en même temps que les éléments nutritifs provenant de la digestion des aliments.
L'eau du plasma filtrée en permanence par les reins Les mouvements d'eau les plus importants ont lieu au niveau des reins. Les reins filtrent continuellement le plasma au rythme de 5 ou 6 litres par heure, (soit 140 litres par jour), c'est à dire que notre sang (environ 5 litres dont 2,8 litres de plasma) est épuré complètement plus de quarante fois par jour. Sur ce très grand volume, 99 % de l'eau est "réabsorbée" par des cellules spécialisées des reins qui peuvent sélectionner les molécules utiles, celles que l'organisme doit garder, et les molécules qu'il doit excréter, c'est à dire certains déchets (urée, acide urique, créatinine) et des minéraux (sodium, chlore, potassium, calcium, magnésium, etc…) qu'on doit, pour rester en équilibre, éliminer chaque jour en quantité égale à celle qu'on a ingérée. L'eau réabsorbée retourne dans le sang. Mais sans l'eau pour transporter ces molécules, les reins ne pourraient faire leur travail d'épuration.
Bien boire La soif nous fait ressentir le besoin de boire, mais souvent avec un certain "retard" qui fait que, quand la soif s'installe, l'organisme est déjà un peu "déshydraté". Il n'est donc pas mauvais de boire avant d'avoir soif ou de boire abondamment. Dans la vie normale, nos reins fabriquent presque toujours une urine "concentrée", c'est à dire dans laquelle les déchets sont plus concentrés qu'il ne le sont dans le sang. Mais, plus ces déchets sont concentrés et plus leur excrétion devient difficile. Donc, le travail des reins est facilité si le volume d'eau disponible pour former l'urine est plus grand. De plus, le risque de former des calculs est diminué (calculs = lithiase urinaire, provoquant de grandes douleurs = coliques néphrétiques, et lésant les reins et le système urinaire). De même, le risque de rétention de sel (qui favorise l'hypertension artérielle) est réduit si la diurèse (et donc l'eau ingérée) est plus grande. Le risque de boire "trop" de liquides au point d'en souffrir est très minime car la capacité des reins à excréter de l'eau est très grande (15-20 litres d'eau par jour). D'ailleurs, il est très difficile de se forcer à boire de grands volumes de liquides si l'on n'a pas soif.
Un excès d’eau ne peut devenir dangereux que si l'on se force à ingérer des quantités très élevées de liquide sur une courte période, de l’ordre de plusieurs litres par heure, et surtout sans manger en même temps (par exemple lors de concours de buveurs de bière ou selon des pratiques recommandées par certains "gourous" pour se "purifier"). Dans ce cas, les reins ne peuvent pas excréter suffisemment vite l’eau ingérée et il en résulte une augmentation massive du volume d'eau contenu dans l'organisme et une dilution de ces composants. La conséquence la plus grave à court terme d’une hydratation démesurée est le développement d’un œdème cérébral dû au fait que le cerveau est comprimé dans la boite cranienne, non distensible.
L'eau servant à réguler la température corporelle L'eau contribue à assurer notre équilibre thermique lorsque la température du corps risque de s'élever au dessus de la normale, soit du fait d'une température ambiante élevée, soit lorsque l'organisme produit une quantité de calories importante due à un effort physique ou à de la fièvre. Dans ce cas, les glandes sudoripares produisent une sueur abondante dont l'évaporation permet à l'organisme de perdre des calories (donc de lutter contre un excès de chaleur). Si l'air ambiant est chaud mais sec, l'évaporation est rapide et on a l'impression de ne pas transpirer car la peau n'est jamais humide. Pourtant, dans les cas extrêmes (effort physique intense en milieu chaud et sec), on peut perdre une dizaine de litres d'eau par jour par voie cutanée C'est quand l'air ambiant est humide que la sueur s'accumule et même ruisselle sur la peau. Dans ce cas, l'évaporation est faible et l'efficacité de la sudation pour éviter une élévation de la température corporelle est très limitée. Dans tous les cas, il faut bien entendu boire des quantités d'eau suffisantes pour compenser les pertes dues à la sudation. Il n'est pas sain de boire moins pour éviter de transpirer.
Conclusion L'eau est donc, non seulement un constituant important de notre organisme, mais un constituant mouvant, circulant, renouvelé et épuré en permanence.

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