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Décembre 2005
LES EAUX DE BOISSON - d’alimentation, de source, minérale naturelle - Comment choisir / conseiller / lire une étiquette ? Pr Blavoux
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Quelle que soit sa destination, robinet ou embouteillage, l’eau suit un cycle naturel et perpétuel mettant en jeu successivement la pluie, le ruissellement, l’évapotranspiration (consommation des plantes) et l’infiltration, puis le cheminement au cœur des cours d’eau, jusqu’à la mer, pour y subir enfin une évaporation. Les eaux de boisson seront prélevées à divers moments de ce cycle.
L’eau de ville est prélevée en surface, dans les cours et les étendues d’eau, ou en souterrain au niveau des nappes superficielles ou profondes. Avant sa distribution au robinet, elle donne souvent lieu à des traitements visant à la rendre potable, c’est-à-dire appropriée à la consommation humaine. Même si elle est naturellement de qualité, elle doit être traitée pour rester bactériologiquement saine au plus loin de son parcours de distribution.
Les contrôles pratiqués par la DDASS, et dont les résultats sont à disposition dans les mairies et les préfectures, permettent à l’eau du robinet de répondre à différentes normes très strictes de qualité :
• Qualité microbiologique : absence de virus et de bactéries pathogènes, • Qualité chimique : normes sévères régissant la présence de substances chimiques indésirables, • Qualités physique et gustative : critères de limpidité, de saveur et d’odeur.
L’eau de source et l’eau minérale naturelle (EMN) sont des eaux d’origine souterraine, qui sont potables à l’état naturel et embouteillées à la source même. Mais derrière une même marque d’eau de source peut se cacher des eaux de sources différentes !
Le fait que l’eau de ville nécessite un traitement après captage pour être distribuée, constitue la principale différence avec les eaux en bouteille qui doivent présenter une pureté originelle.
Bien qu’à l’échelon européen les différents pays membres n’appliquent pas les mêmes normes, en terme notamment d’étiquetage ou de composition, les législations européenne et française ont établi un cadre général distinctif entre eau de source et eau minérale naturelle (décret n°89-369 du 6 juin 1989 modifié par le décret 98-1090 du 4 décembre 1998) : l’eau de source n’est pas astreinte à disposer d’une composition minérale constante contrairement à l’eau minérale naturelle. De plus, selon les termes du décret de juin 1989, seules les eaux minérales naturelles sont fondées à avancer des propriétés bénéfiques pour la santé.
Ainsi une EMN doit pouvoir être en mesure de produire des études scientifiques et médicales soumises à l’avis de l’Académie Nationale de Médecine, en appui de ses allégations. A cet égard, les études réalisées pour une eau minérale naturelle lui sont spécifiques et les conclusions qui en sont tirées ne peuvent s’appliquer à une autre eau
Le conditionnement de l’eau en bouteille est régi par des règles strictes. Le matériau employé pour le flaconnage est soumis au ministère de la Santé pour accord. Il doit répondre à quatre critères précis :
• Garantie de la protection de l’eau, • Résistance et non altération lors de manipulations, • Neutralité en odeur et en goût, • Innocuité et hygiène.
Si le verre demeure une forme de conditionnement largement utilisée dans la restauration, le PVC (polychlorure de vinyle), puis plus récemment le PET (polyéthylène téréphtalate) sont les matériaux de référence depuis de la fin des années 60. Le PET présente comme avantages d’être plus léger, moins polluant en combustion, compactable (favorisant une réduction du volume des déchets) et parfaitement recyclable.
Les unités d’embouteillage ainsi que les bouteilles sont contrôlées étroitement et très fréquemment par les services des ministères de la Santé et de l’Industrie ainsi que par la Direction Générale de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) qui procèdent à des prélèvements inopinés. Ces contrôles s’ajoutent bien évidemment à ceux réalisés par les sociétés d’embouteillage.
Si le corps d’un adulte contient 60% d’eau, ce chiffre est de 75% chez le nourrisson et de seulement 50% chez les seniors.
Parce que le corps d’un adulte renferme en moyenne 60% d’eau (soit environ 35-40 litres), qu’il en perd au moins 2,5 litres par jour dans des conditions standard (donc hors conditions climatiques excessives, effort physique intense ou pertes liées à la fièvre et/ou une autre pathologie … mais aussi hors environnement desséchant comme la climatisation), il se doit de compenser les sorties quotidiennes par la prise d’au moins 1,5l d’eau de boisson. Le complément est assuré par une faible synthèse endogène (0,5l/jour) et par l’eau des aliments, notamment les fruits et les légumes constitués d’eau à plus de 90% (entre 0,5 et 1l/j) Comment sont ventilées les pertes hydriques :
- Urines : 1-1,5l/j - Respiration : 0,3l/j - Pertes cutanées imperceptibles : 0,4l/j - Transpiration : 0,3l/j (mais jusqu’à 10l en cas d’effort intense et prolongé)
Les besoins en eau peuvent présenter des particularités dans certains contextes :
De 1 à 6 ans 90 à 65 ml/kg/j soit 1l pour un poids de15kg De 7 à 10 ans 65 à 55 ml/kg/j soit 1,8l pour un poids de 30kg De 11 à 18 ans 50 à 40 ml/kg/j soit 2,2l pour un poids de 45kg
Les besoins en eau sont fortement accrus d’où la nécessité d’une prise d’au moins 1,5l à 2l d’eau/j
Avec seulement 50% du poids du corps en eau et sur un terrain souvent fragilisé, la déshydratation est quasi systématique. Une lenteur d’idéation, une confusion, une constipation … signent le problème, bien avant le pli cutané.
L’état d’hydratation doit impérativement être maintenu avant, pendant et après l’effort par une prise d’eau régulière, sinon les capacités physiques et intellectuelles chutent rapidement. Le coup de chaleur est malheureusement encore fréquent chez les sportifs.
L’adjonction de sucre et de sel ne s’envisage que pour des efforts physiques intenses et maintenus durant plus d’1 heure.
L’eau de boisson trop froide et/ou trop sucrée peut être responsable de troubles gastriques. Il faut savoir boire un peu, souvent et pas trop froid.
En cas de lithiase biliaire ou rénale, les sujets porteurs de ces pathologies sont contraints de boire 3l d’eau durant leur cure de diurèse,
En cas de cystite, l’eau a un pouvoir diluant les bactéries, donc limite la prolifération,
En cas d’hypertension artérielle, l’eau, mais surtout sa composition en sel, potassium, calcium … ont un impact sur la tension, …
« Avoir soif et se désaltérer » n’est pas forcément « avoir soif et s’hydrater » …
La soif est efficace mais trompeuse. En effet, elle constitue un signal d’alarme automatique de l’organisme qui se trouve déjà en légère déshydratation. Si ce mécanisme, quasiment de survie, s’avère le plus souvent efficace chez l’enfant et l’adulte, il en va autrement chez la personne âgée qui, avec le temps, perd sa sensibilité à la soif. Il convient donc de toujours leur proposer une boisson, régulièrement par petites quantités sur la journée.
Apaiser sa soif en se désaltérant n’est pas forcément synonyme d’hydratation. En effet, un individu peut se trouver désaltéré par une boisson provoquant une sensation de fraîcheur et d’apaisement instantané de la soif, sans pour autant avoir comblé son déficit hydrique dans les compartiments extra et/ou intracellulaires.
L’eau, quelle que soit sa nature et son origine, constitue le meilleur agent d’hydratation dans la mesure où elle n’apporte aucune calorie. De plus, en ne modifiant pas la perception en bouche du goût des aliments, elle ne produit pas d’interférences lors de l’apprentissage alimentaire des jeunes enfants.
EMN et sels minéraux La plus ou moins grande richesse en minéraux d’une eau minérale naturelle est évaluée sur ce que l’on appelle le « résidu sec ». Il s’agit de la concentration globale en minéraux restant après évaporation d’un litre d’eau à une température de 180°C.
Une eau est dite … |
Son résidu sec est |
Eau type |
Riche en sels minéraux |
Supérieur à 1500mg/l |
ARVIE |
Modérément minéralisée |
Entre 500 et 1500mg/l |
BADOIT - SALVETAT |
Faiblement minéralisée |
Entre 50 et 500mg/l |
EVIAN - VOLVIC |
Très faiblement minéralisée |
Inférieur à 50mg/l |
MONT-ROUCOUS |
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Les eaux riches en sels minéraux pourront contribuer à des apports en tel ou tel sel minéral, ou oligo-élément, selon les besoins de chaque individu notamment lorsqu’ils augmentent (femme enceinte ou allaitant, sportif, personnes âgées) ou sont insuffisamment couverts par l’alimentation (croissance des adolescents, périodes de régime ou alimentation déséquilibrée de manière prolongée).
Les eaux faiblement et très faiblement minéralisées conviennent en général à une consommation régulière par toute la famille (nourrissons, enfants, adultes ayant une alimentation équilibrée) sauf mention contraire (vérifier les teneurs relatives en minéraux selon le profil de la personne),
Certaines eaux dites aromatisées sont réalisées à partir d’EMN. Elles ont un intérêt chez ceux et celles qui ne gouttent pas l’eau naturelle et de ne contenir que peu de sucre (lire l’étiquette).
Les sels minéraux présents dans les eaux minérales et les eaux de source jouent un rôle essentiel dans les différents métabolismes du corps humain. On distingue schématiquement (pour plus de renseignements, se rapporter aux autres synthèses du CEPE disponibles sur le site www.centre-evian.com) :
Le calcium : constituant principal des tissus osseux, il intervient dans les échanges inter cellulaires et est un cofacteur du processus de coagulation. La femme enceinte ou qui allaite, le sportif, l’adolescent et la personne âgée ont des besoins accrus en calcium. Le calcium contenu dans l’eau minérale ou de source est le complément naturel du calcium apporté par les produits laitiers, ou un substitut en cas de régime et/ou de faible consommation de produits laitiers ; rappelons que le calcium apporté par une EMN a la même biodisponibilité que celle du lait.
Le magnésium : cofacteur de plus de 300 réactions de l’organisme, le magnésium intervient à de nombreux niveaux comme le développement et le fonctionnement neurologique et musculaire, la coagulation, le système immunitaire, le transit intestinal,…l’alimentation « moderne » mettant l’accent sur la consommation d’aliments « raffinés » (pain blanc, faible consommation de céréales complètes et de fruits et légumes secs,..) s’avère pourvoyeuse de carence en magnésium, a fortiori en cas de régime hypocalorique.
Les bicarbonates : indispensables à la régulation du pH cellulaire et à l’équilibre acido-basique, les bicarbonates ont des effets positifs sur la digestion et concourent à atténuer l’inconfort gastrique.
Le sodium : c’est un intervenant fondamental dans l’équilibre hydroélectrolytique de l’organisme. Les apports doivent toutefois être maintenus sous contrôle particulièrement en cas d’hypertension artérielle, d’oedèmes, chez la femme enceinte, le nouveau-né et l’obèse.
Le potassium : ce cation joue un rôle notamment dans les échanges cellulaires et la contraction musculaire. Il est important d’en limiter les apports en cas d’insuffisance rénale.
Les chlorures : constituants incontournables des liquides intracellulaires, ils sont indispensables au bon déroulement de la digestion.
Les nitrates : pour le nouveau-né, les teneurs en nitrates ne doivent pas dépasser 15mg/l. En effet les bactéries intestinales du nouveau-né de moins de 5 mois peuvent métaboliser les nitrates en nitrites. Ceux-ci peuvent franchir la barrière intestinale et se retrouver dans la circulation générale où ils vont interférer avec l’hémoglobine, l’empêchant de jouer parfaitement son rôle de transporteur d’oxygène.
Les sulfates : constituent un élément essentiel du tissu conjonctif et cartilagineux, et participent à l’élimination des toxines.
A chaque cas son eau ?
Certaines situations peuvent modifier les besoins en eau tant qualitativement (minéraux) que quantitativement :
La femme enceinte : un apport journalier d’1,5-2l d’eau permettra de faire face à l’augmentation des besoins d’hydratation liés au développement foetal. Qualitativement il conviendra de privilégier une eau faiblement minéralisée apportant calcium et magnésium et peu riche en nitrates et sodium (type EVIAN).
La femme qui allaite : le lait maternel, à privilégier, étant constitué essentiellement d’eau, une femme en cours d’allaitement devra en boire au moins 2l /j. La prise d’une eau riche en magnésium peut être à l’origine de douleurs abdominales chez le nourrisson et sera donc à éviter.
L’enfant et l’adolescent : du fait de l’accroissement quasi-épidémique de la fréquence de l’obésité, il est impératif d’apprendre, ou de réapprendre, aux enfants et aux adolescents à boire de l’eau. Si besoin, des « eaux aromatisées », éventuellement avec des édulcorants, peuvent épisodiquement être proposées.
La personne âgée : à l’instar de l’adulte plus jeune, le sujet âgé doit couvrir ses besoins d’hydratation par la prise d’1,5l/j d’eau. La démarche doit être active dans la mesure où la sensation de soif s’émousse avec l’âge. Par ailleurs, certains se retiennent de boire pour éviter des troubles urinaires. Qualitativement une eau très faiblement minéralisée est adaptée à ce cas de figure, avec toutefois une richesse relative en calcium pour aider à prévenir l’ostéoporose. Le choix d’une eau plus fortement minéralisée se fera idéalement après avis médical en cas de pathologie particulière type hypertension artérielle, constipation.
Certaines eaux minérales naturelles peuvent présenter la caractéristique d’une plus grande teneur en l’un ou l’autre des sels minéraux, et ainsi revendiquer des bénéfices sur la santé selon l’élément concerné :
- • Une eau minérale calcique contiendra au moins 150mg/l de calcium ; l’eau calcique est diurétique et aide à (re)constituer le capital osseux (essentiel à l’adolescence) et combattre l’ostéoporose des personnes âgées,
• Une eau magnésienne apportera au minimum 50mg/l de magnésium ; elle présente notamment des propriétés laxatives,
• Une eau sera dite sodique si elle renferme plus de 200mg/l de sodium ; elle est déconseillée aux personnes hypertendues, cardiaques, obèses et aux femmes enceintes,
• Une eau bicarbonatée disposera de 600mg/l au moins d’hydrogénocarbonate ; elle contribue à faciliter la digestion,
• Enfin une eau sera dénommée sulfatée si elle procure plus de 200mg/l de sulfates
Apports journaliers recommandés (AJR) en mg/j
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Magnésium |
Calcium |
Phosphore |
Fer |
Femme |
330 |
800 |
900 |
18 |
Homme |
420 |
900 |
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Enfant : • 2-3 ans • 4-9 ans • 10-12 ans |
> 120 > 180 > 240
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> 600 > 700 > 1000 |
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> 10 > 10 > 10 |
Personne âgée |
420 |
1200 |
1200 |
15 |
Femme enceinte ou allaitant |
480 |
1200 |
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Source : le guide des eaux. S Gerin. Ed Marabout 2001
A noter : Les besoins en sodium et potassium sont largement couverts par l’alimentation.
Une eau minérale naturelle peut être plate ou bien gazeuse. Pour ce second cas de figure, on distingue trois catégories (c’est clairement indiqué sur l’étiquette) :
- • Les eaux minérales naturelles, naturellement gazeuses : il s’agit d’eaux dont le taux de gaz carbonique est identique à l’émergence et en bouteille (type ARVIE - BADOIT),
• Les eaux minérales naturelles renforcées au gaz de la source : la teneur en gaz carbonique (provenant du même gisement que l’eau) est supérieure après embouteillage comparativement à l’émergence (type VICHY Célestins),
• Les eaux minérales naturelles avec adjonction de gaz carbonique : eau gazéifiée par adjonction de gaz carbonique ne provenant pas du gisement d’eau minérale (type LA SALVETAT).
L’eau, indispensable à notre vie et notre santé, dispose donc selon son origine, sa nature et son type (de source ou minérale naturelle), de propriétés bien différentes du fait de sa minéralité, éminemment variable en fonction de la source considérée.
De même, chaque individu s’avère différent et ses besoins en eau peuvent varier, quantitativement et qualitativement, suivant les circonstances de sa vie. Des événements climatiques récents ont, par exemple, rappelé combien l’hydratation de certaines populations (ici les personnes âgées) pouvait être vitale. La recherche montre au quotidien la place et le rôle des minéraux et oligo-éléments, et leur impact sur la santé.
Sur un plan qualitatif, les apports minéraux réalisés par la consommation d’eau minérale naturelle occupent une place de choix dans une alimentation équilibrée et dans certaines affections où ils jouent un rôle clé (calcul rénal, HTA …). Une telle démarche, qui pourrait être qualifiée de « naturelle », est parfois opposée à celle de la prise de minéraux sous forme de compléments alimentaires. Dans les deux cas, l’objectif est une préoccupation vis-à-vis de la santé.
Le médecin traitant, et plus généralement tout professionnel de santé, se doit de savoir conseiller la « bonne » eau de boisson, en raison de ses effets sur la santé.

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