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VEILLER A L'EQUILIBRE HYDROMINERAL DE L'ENFANT
Professeur Jean-François Duhamel,
Service de Pédiatrie du CHU de Caen.
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Tant que l’enfant n’est pas en mesure de s’exprimer, il est tributaire de son entourage pour satisfaire ses besoins hydrominéraux ; il n’a pas la possibilité de demander à boire lorsque la soif se manifeste alors qu’il doit équilibrer ses pertes pour protéger l’hydratation de son organisme (l’eau représente les 2/3 du poids de son corps). Les professionnels de santé ont ici un rôle capital à jouer en recommandant aux familles d’assurer à leur enfant une hydratation correcte et adaptée, non seulement pour les tout petits, mais aussi pour les enfants et les adolescents dont les choix de boissons ne sont pas toujours des plus adaptés à leurs besoins. Or la quantité, mais aussi le choix des boissons, sont essentiels lors de cette phase de croissance intense, pour couvrir les besoins en eau et en minéraux. Les boissons sucrées, qui peuvent apporter un excès de calories, devraient occuper une place plus limitée et n’être consommées que lors de situations festives.
L'eau est le composant majeur de notre organisme. Pendant toute notre vie fœtale, nous nous sommes développés dans un milieu exclusivement aqueux. Imaginez que l’eau représente 94 % du poids corporel du fœtus à la fin du premier semestre de la grossesse, 80 % à 32 semaines de gestation et 75 % chez le bébé à terme. |
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C’est rappeler l’importance des conseils à la femme enceinte. L’eau d’Evian est connue et reconnue des pédiatres et gynécologues-obstétriciens pour couvrir les besoins en eau et apporter un complément en minéraux. Après l'âge d'un an, l'eau totale (ET) représente, chez l'enfant comme chez l'adulte, environ 60 % du poids corporel. Cette proportion est plus faible chez les filles et chez les sujets en surpoids, car le tissu adipeux est pauvre en eau. Contrairement à une idée reçue, un sujet maigre (dit «sec») est proportionnellement plus hydraté qu’un sujet obèse !
 Le pourcentage de l'eau totale dans le poids corporel baisse progressivement avec l’âge, car le volume de l'eau extracellulaire diminue progressivement. De 40 % environ du poids à la naissance, elle passe à 30 % chez le nourrisson, pour atteindre 20 % à la fin de l'adolescence.
En revanche, la proportion de l'eau intracellulaire reste constante ou presque chez l'enfant, passant de 35% du poids corporel à la naissance à 40 % entre 1 an et 12 ans. Ensuite, le pourcentage de l'eau dans l'organisme, comme la composition des compartiments intra et extracellulaire, sont relativement stables.
1 - Des besoins hydriques énormes chez les petits
Les besoins en eau sont très différents en fonction de l’âge. Si un adulte de 70 kg doit ingérer, à partir des boissons et de l’alimentation, en moyenne 1,5 à 2 litres par jour pour assurer son équilibre hydrique, ce qui représente 30 à 35 ml/kg, un nourrisson de 7 kg doit en absorber 700 ml, proportionnellement 3 fois plus, soit environ 100 ml/kg/jour, et un enfant de 7 à 10 ans au moins 2 fois plus qu’un adulte (toujours proportionnellement).
Les besoins physiologiques en eau sont en outre augmentés de 30 ml/kg lors de toute élévation de la température ambiante de 1 °C au dessus de 30 °C. Dans le même registre, une fièvre supérieure à 38 °C augmente les besoins en eau de 10% par degré supplémentaire !
2 - Les mécanismes de la perte hydrique lors de l’effort
Dans les conditions normales, lorsque les apports hydriques sont suffisants pour assurer les besoins de l’organisme, la perte d’eau se fait essentiellement par voie rénale. Les entrée d’eau sont essentiellement régulées par le mécanisme de la soif, dont on connaît la faible précision.
Chez le grand enfant, il est donc nécessaire, dans les conditions normales, de boire un minimum de 1.5 litre de liquide au cours de la journée, pour respecter l’équilibre entre les entrées et les sorties. Chez le nourrisson, les besoins sont proches de 100 ml/kg comme on l’a vu plus haut.
Mais lorsque l’intensité de l’exercice physique augmente, les pertes par les voies cutanée et respiratoire se majorent et deviennent prédominantes. Un adulte (chez lequel on a plus étudié la question) effectuant un exercice intense en climat tropical, peut perdre plus de 10 litres de sueur par jour, qu’il est essentiel de compenser volume pour volume !
Les pertes cutanées
- A l’inverse de ce qui se passe chez les adultes et les adolescents, les possibilités de sudation sont réduites chez l'enfant,
- Lors d’un effort, la chaleur produite en excès est éliminée par la sueur, afin d’éviter une augmentation excessive de la température corporelle (qui peut néanmoins atteindre 39 à 40°C lors d’efforts intenses). Certains athlètes adultes peuvent perdre jusqu'à 3 à 4 kg en 3 heures. Un litre de sueur permet d'éliminer 600 K calories,
- Les pertes d’eau s'accompagnent d'une élimination d'électrolytes, de sodium, de potassium, de calcium et de magnésium, mais aussi d'oligo-éléments (fer et zinc), ce qui peut à terme, pour des efforts répétés, compromettre l’équilibre hydrominéral de l’organisme,
- Le débit de la sueur dépend de facteurs personnels et l'entraînement peut réduire de 20 à 30 % les concentrations sudorales en électrolytes. Dans des conditions extrêmes, les pertes hydriques cutanées peuvent atteindre 70 à 80 % des pertes hydriques totales,
- Lorsque la sudation est insuffisante, la température corporelle s’élève, faisant courir le risque de coup de chaleur. Pour que le mécanisme de refroidissement fonctionne correctement, il faut donc apporter de l'eau de boisson à l'organisme, avant, pendant et après l'effort.
Les pertes respiratoires
L'exercice physique provoque une augmentation des débits ventilatoires, avec une augmentation des pertes en eau qui peut atteindre 60 à 150 ml/h en situation d’hyper ventilation.
Les pertes urinaires
Les sécrétions d’aldostérone et d’ADH vont moduler l’élimination urinaire en fonction des pertes par voie cutanée et respiratoire.
La sensation de soif, qui est un signal d’alarme, n’apparaît que tardivement, lorsque l’organisme a déjà perdu 1% de son capital hydrique (ce qui représente quand même 500 ml, soit un demi kilogramme, chez un adolescent de 50 kg). Pire encore, lorsque nous ingérons de l’eau, l’alarme s’éteint alors que nous n’avons compensé qu’une partie, environ la moitié, du déficit hydrique. On n’a plus soif alors que le corps est encore déshydraté, c’est donc un mauvais indicateur de l’état d’hydratation de l’organisme. Il est donc nécessaire, à tous les âges, d’apprendre à anticiper le phénomène de soif et de prendre l’habitude de «boire sans soif», car c’est la source essentielle d’apports hydriques.
En effet, les entrées d’eau viennent principalement de l'eau des boissons, et à un moindre degré de l'eau contenue dans les aliments ; et de la synthèse endogène d'eau qui est relativement constante chez l'enfant (250 à 350 ml/m2 de surface corporelle).
La sensation de soif disparaît rapidement après l’ingestion d’eau, plus rapidement que ne le fait la sensation de faim. Mais lorsque le déficit en eau persiste, les performances physique et intellectuelle sont abaissées.
Précaution avec les boissons sucrées !
La consommation de boissons sucrées, qui génère un certain plaisir, n’est pas freinée par la disparition de cette sensation de soif, comme avec l’eau pure. Le risque est alors d’en ingérer un volume important, qui va de pair avec une charge excessive en calories (jusqu’à 100 grammes de sucre par litre de soda ou de jus d’orange du commerce, soit 400 kilocalories).
La période des vacances estivales est pour beaucoup de jeunes, l’occasion de reprendre ou d’entreprendre une activité physique intensive, et ceci souvent sans préparation préalable.
Plage ou montagne, les températures de l’été et l’exposition directe au soleil sont des facteurs majeurs de perte hydrique par voie respiratoire ou cutanée, auxquels il faut rajouter une activité physique soutenue inhabituelle.
Pour un adolescent de 50 kg, les pertes hydriques peuvent atteindre 1 litre / heure dans ces conditions. Il est donc essentiel d’apporter un complément liquidien afin de préserver la performance et de prévenir une augmentation de la température corporelle et le risque d’insolation. En dehors de conditions extrêmes, une eau minéralisée faiblement sodée associée à une alimentation saine, suffit à compenser les pertes sodiques.
Plusieurs mécanismes contribuent à majorer les pertes hydriques lors de la pratique d’un sport. Ils sont tous liés à l'augmentation de la dépense énergétique, mais aussi à l'environnement.
- Le débit de sueur peut atteindre 1 l/h en fonction de la température extérieure et de l'intensité de l’effort,
- En altitude, la baisse de la teneur en oxygène de l'air ambiant induit une amplification des mouvements respiratoires, qui augmente la déperdition hydrique par les voies aériennes,
- Un habillement inadapté majore l’élimination hydrique et perturbe, voire compromet la thermorégulation.
Les risques de déshydratation sont renforcés dans les sports où il existe des catégories de poids et où une réduction artificielle du poids précède le début de la compétition, comme c'est le cas pour les sports de combat avec la pratique du pesage.
Déshydratation = performance altérée
Quand la déshydratation dépasse 1 à 2 % du poids corporel, soit un demi à un kilogramme pour un adolescent de 50 kg, elle retentit sur l'équilibre cardio-vasculaire. Le volume d'éjection systolique est réduit et le rythme cardiaque s'accélère pour maintenir le débit cardiaque, au détriment de la performance. Ce phénomène est moins marqué chez les sujets entraînés dont la fréquence cardiaque est naturellement basse au repos.
Parallèlement, les capacités de thermorégulation sont diminuées et la température interne de l'organisme s'élève.
Quand le déficit hydrique dépasse 2 %, la performance physique diminue. Au dessus de 4 %, des accidents sont possibles, avec le risque de survenue d’un coup de chaleur.
Déshydratation : mieux vaut prévenir que guérir
Chez les sportifs, la pratique de la pesée pendant les séances d’entraînement, avant puis après l’effort, permet d’évaluer les pertes hydriques et de prescrire la quantité optimale de liquides à apporter à chaque individu.
Il faut savoir anticiper la soif et recommander d’ingérer des quantités d'eau suffisantes pour que la perte pondérale reste toujours inférieure à 2 % du poids, seuil critique de danger. La boisson doit être administrée, quand l’activité sportive le permet, sur la base de 10 à 20 ml/kg/h par fraction de 50 à 200 ml, toutes les 5, 10 ou 15 minutes, sans dépasser 0.8 à 1 l/h.
Tout n’est pas fini après l’effort !
La plupart des sportifs continuent en effet à transpirer après l'arrêt de l'effort et, là-encore, de façon variable en fonction du type de l'effort et des caractéristiques personnelles. Il est donc essentiel de poursuivre la réhydratation lors de la phase de récupération. Dans la grande majorité des cas, une collation après l’effort compensera les pertes sudorales en électrolytes ; une eau faiblement minéralisée reste donc parfaitement adaptée.
Quand ont-ils assez bu ?
Si leurs urines sont claires et abondantes, c’est qu’ils sont correctement hydratés. Si elles sont foncées, cela signifie qu’il faut boire plus.
Les apports liquidiens recommandés oscillent entre 1,2 (au minimum) et 2,5 litres par jour, à adapter en fonction de l’activité physique, de l’âge, des conditions climatiques ... il est possible de boire plus, car l’absorption d’eau n’est jamais nocive pour l’organisme. Les intoxications par l’eau sont exceptionnelles (sauf maladies très rares).
Que boire ?
Les jeunes doivent apprendre à démarrer la journée avec une bouteille d’1,5 litre d’eau minérale à terminer avant le coucher. Chaque enfant devrait avoir à disposition «sa» bouteille (pour des raisons évidentes d’hygiène) d’eau minérale, et apprendre à effectuer des prises de boisson régulières en fractionnant au cours de la journée.
Le liquide bu doit être frais (6 à 8°C) pour mieux lutter contre l'hyperthermie, et hypo ou isotonique pour permettre une absorption rapide. Les sodas et les jus de fruits concentrés sont ici à éviter. Le choix de la boisson est important, une eau minérale fraîche est la meilleure proposition.
Dans les conditions habituelles, en dehors d’exercices intenses et prolongés, l’adjonction de sels minéraux à l’eau de boisson n’est pas nécessaire ; une eau faiblement minéralisée suffit.
Attention aux gourdes partagées qui sont souvent, en fin de journée chaude, de véritables bouillons de culture, et aux boissons d’origine incertaine (fontaines, rivières, ou même sources sauvages).
Comment se protéger contre les effets néfastes de la chaleur ?
- Limiter les expositions solaires prolongées,
- Eviter la pratique d’exercices violents ou soutenus en plein soleil. En été, la période entre 12 et 16 heures est à proscrire (le soleil est au zénith à 14 heures puisque nous avons deux heures de décalage par rapport à l’heure solaire),
- Porter des vêtements adaptés aux conditions climatiques, suffisamment aérés pour faciliter l’évaporation de la sueur,
- Ne jamais oublier que la soif est une alarme qui se manifeste tardivement, il faut boire avant même que la sensation de soif ne se manifeste. Une eau minérale bien choisie demeure la solution de choix dans la grande majorité des cas.
Retenons enfin combien les conditions climatiques extrêmes, comme celles observées cet été 2003, peuvent amener à renforcer les mesures et précautions que nous avons exposées. En effet, les nourrissons et les jeunes enfants sont, avec les personnes âgées, ceux qui sont le plus affectées pour des conditions climatiques inhabituelles.

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